NORMA McDONALD, CSC
Née le 1er mars 1954
À Ocean Falls, Colombie-Britannique
J’ai vécu les deux premières années de ma vie à Ocean Falls, un tout petit village très pittoresque situé le long d’un fjord sur la côte ouest de la Colombie-Britannique. Mes aînés, Douglas et Delphine, sont nés là aussi. Mon père était ingénieur et travaillait à l’usine de pâtes et papiers. En 1956, ma famille a déménagé à North Vancouver où j’ai passé ma jeunesse.
Ma mère, Blanche Finck, est originaire de East Ironbound Island, en Nouvelle-Écosse. Elle est née dans le phare de East Ironbound Island, dont sa mère, Violet, avait la charge. Mes ancêtres sont arrivés sur l’île de la Tortue en juillet 1750 sur le grand voilier Ann, l’un des premiers grands voiliers à arriver à Halifax, en Nouvelle-Écosse; 99 familles étaient à bord. Les Britanniques voulaient y installer des protestants. Cette région de l’île de la Tortue était la patrie des Mi’kmaqs et, en 1749, 10 000 Acadiens francophones et catholiques y vivaient déjà. Ces premiers colons étaient connus sous le nom de «protestants étrangers». Ils venaient de ce qui est aujourd’hui le tripoint de la France, de l’Allemagne et de la Suisse.
Mon père, James Joseph McDonald, est né à Winnipeg en 1913. Six ans plus tard, la famille a relevé le défi d’ouvrir les terres de la côte ouest pour construire un homestead près de Dawson Creek, en Colombie-Britannique. C’était une vie difficile, ardue, où l’exploitation forestière et l’agriculture étaient à l’ordre du jour.
D’après ce que nous pouvons déterminer, mes ancêtres McDonald ont immigré d’Écosse en 1773 en raison de persécutions religieuses. D’après ce qui est connu aujourd’hui, le chef voulait convertir de force les membres du clan du catholicisme au presbytérianisme.
Ces deux familles modestes ont été élevées avec de très bonnes valeurs. Ma mère était baptiste, mon père catholique. Ils se sont rencontrés à Halifax où mon père s’était engagé dans la marine pendant la Deuxième Guerre mondiale. En 1945, après la fin de la guerre, mes parents se sont installés à Ocean Falls, en Colombie-Britanique.
De ma première à ma 10e année, j’ai fréquenté une école catholique. J’aimais cette petite école. Ne connaissant pas beaucoup de jeunes dans mon quartier, au retour de l’école je passais mon temps à faire mes devoirs, à pratiquer le piano et à faire des activités avec ma famille. L’été nous faisions beaucoup de camping, ce qui explique mon grand amour de la nature. J’étais aussi très impliquée dans les sports. Devenue étudiante à l’université de la Colombie-Britannique, j’ai fait partie de l’équipe de volleyball pendant deux ans, alors que nous étions les championnes nationales. Quelle belle expérience!
Norma McDonald, Guitar Moonlight, 1974. Collection privée.
En 1975, à l’âge de 21 ans, je suis entrée chez les Sœurs de Sainte-Croix. Même si j’ai été élevée catholique, il me semblait que je n’étais pas vraiment le « type » à devenir religieuse. Je voulais me marier et avoir des enfants, comme le rêvent toutes les jeunes. C’est lors de mes années à l’université que la « piqûre » d’une vocation religieuse s’est véritablement manifestée en moi. J’y résistais, faisant taire cet appel persistant, mais Dieu ne me lâchait pas. Finalement, en troisième année à l’université, désespérée, j’ai répondu, «Lâche-moi, Seigneur, je vais essayer, mais tu vas voir que ça ne marchera pas». À mon insu, mes amis avaient gagé que les sœurs me mettraient dehors après deux semaines au couvent. Mais voilà que 50 ans plus tard, je suis toujours une sœur de Sainte-Croix! C’est encore Dieu qui m’a transplantée à Edmonton où j’ai rencontré cette congrégation religieuse que je ne connaissais pas. D’emblée, j’ai senti que c’était elle ma famille.
Ce qui m’a attirée chez les Sœurs de Sainte-Croix, c’est d’abord leur vision d’une éducation libératrice. J’ai aussi été frappée par leur désir de vivre «l’union des cœurs», un conseil évangélique proposé par notre père fondateur, le bienheureux Basile Moreau. Les sœurs se donnaient aux autres pour construire un monde meilleur et savaient guider les gens de leur entourage. C’est ce que je voulais faire aussi, suivre dans leurs traces, créer des relations pour aider les autres à être bien et à s’épanouir. C’est en 1920 que les Sœurs de Sainte-Croix sont arrivées dans le nord de l’Alberta avec les premiers pionniers francophones et elles ont tout de suite ouvert des écoles. Elles tenaient à faire l’enseignement en français. Aujourd’hui encore, le district de Rivière de la Paix est le lieu de résidence de nombreux Franco-Albertains.
Jeune femme, je voulais être enseignante. Après mon entrée chez les sœurs, j’ai terminé mon bac en éducation pour enseigner au niveau secondaire. Étant athlète, j’ai choisi une spécialisation en éducation physique. En 1978 j’ai vécu mon premier poste d’enseignante à McLennan, au nord-est d’Edmonton. Malgré ma formation pour le secondaire, je me suis retrouvée avec une classe de 16 petits élèves en première année! Je les aimais bien… mais ce n’était pas du tout mon niveau. Deux ans plus tard, je suis partie à Montréal pour une année de formation spirituelle.
Mon séjour au Québec fut l’occasion pour moi d’apprendre le français. Avant mon entrée chez les Sœurs de Sainte-Croix, je n’avais aucune connaissance de cette langue. La congrégation dont le siège social est à Saint-Laurent, Québec, est francophone et les sœurs de l’Ouest canadien aussi. Quand on entre dans une famille, on embrasse tout – la langue, la culture, les traditions, les valeurs. C’est pourquoi l’apprentissage du français était très important pour moi. J’ai appris mon premier mot en français, «vache» grâce à la sœur provinciale qui m’accompagnait en voiture en route vers Edmonton, alors que nous longions les champs où se trouvaient plusieurs troupeaux.
Pour continuer mon apprentissage du français, la mère générale, Sœur Jeanne Dusseault, m’a envoyée à Mont-Laurier, dans les Laurentides, où les Sœurs de Sainte-Croix étaient établies depuis 1887. J’ai été chaleureusement accueillie par huit religieuses très sympathiques. L’ambiance ressemblait beaucoup à celle que j’avais connue dans l’Ouest, c’est-à-dire une grande ouverture sur le monde. J’avais 26 ans. Et comme il n’y a pas de meilleure manière de s’immerger dans une langue que de côtoyer les jeunes, j’ai beaucoup profité de mon insertion comme entraîneur de badminton et de volleyball à la polyvalente. J’ai aussi été animatrice spirituelle d’un groupe de jeunes adultes, et on m’a enseigné toutes sortes de formes de français, même le joual! Choses qui faisaient sursauter les sœurs, où dans mon innocence, je sortais des expressions parfois un peu risquées.
En 1983, l’année de mes vœux perpétuels, j’ai fait des études en théologie à Ottawa. Ma carrière d’enseignante s’est ensuite poursuivie à Sherwood Park, en Alberta, où j’ai enseigné quelques années en immersion française. Puis je suis venue à Lorette, au Manitoba, pour une année sabbatique avec des sœurs de ma congrégation. En 1987, j’ai repris l’enseignement, cette fois à la 4e année à l’École Lagimodière. Henri Bisson était le directeur, puis Léo Robert. Deux ans plus tard, en 1991, quand ce dernier a pris la direction du Collège secondaire Louis-Riel (CLR) à Saint-Boniface, il m’a invitée à le suivre et à mettre sur pied un programme de pastorale. J’ai d’abord hésité, mais en fin de compte, mes 10 ans au CLR m’ont permis de faire ce que j’aimais le plus – cheminer et grandir avec des jeunes. En 1993, l’abbé Robert Campeau est venu me chercher pour faire l’animation pastorale au Collège universitaire de Saint-Boniface (CUSB) et j’y ai travaillé jusqu’en 2017. Ces 24 années ont été les meilleures années de ma vie. Je chéris tous les jeunes merveilleux et les collègues avec lesquels j’ai travaillé pendant ces années. Beaucoup sont devenus de bons amis.
J’insère ici un moment éclairant dans ma vie qui remonte au temps de mon enfance. Ma mère avait été élevée dans une famille baptiste, et après son mariage avec mon père, un catholique, elle assistait toujours à la messe le dimanche. Lorsque, petite fille, je me préparais au sacrement de la communion, j’ai constaté que ma mère n’allait jamais communier. Elle m’a expliqué que, n’étant pas catholique, elle ne pouvait pas recevoir la communion, mais qu’elle croyait en Jésus comme les croyants des autres religions chrétiennes. Cela m’a montré que Dieu est grand, que l’on ne peut pas le définir. Avec le temps, j’ai compris que l’important, c’est d’accueillir l’autre, aussi différent qu’il soit, croyant ou non, car ce qui compte c’est l’âme de la personne, sa beauté intérieure, le fait que Dieu l’a créé et qu’il l’aime. Cette leçon de vie de ma mère, de respecter les gens tels qu’ils se présentent, je l’ai retenue toute ma vie.
Au début de mes années au CUSB (1993), la plupart des étudiants étaient francophones et catholiques. Avec la venue des jeunes en immersion et des étudiants internationaux, notre institution a vécu une grande transformation à partir de l’année 1995. Cette diversité culturelle nous a montré que le cœur humain est pareil partout, et que nous avons tous en commun le désir de nous aimer les uns les autres. Le musulman, le chrétien et l’athée, et même les personnes qui ont des orientations sexuelles différentes, chacune a sa place autour de la table. Mon but était de créer un espace où les jeunes pouvaient s’épanouir humainement et spirituellement.
J’ai reconnu la soif qu’avaient les jeunes de trouver un sens à leur vie, parce que moi aussi, j’avais cherché la même chose. Il y a en nous le grand désir d’appartenir, d’aider, de faire partie de quelque chose de plus grand que nous-mêmes. Je crois que le secret est de créer une communauté et vivre en solidarité. Quand je regarde en arrière, ce sont mes années à l’USB qui m’ont présenté les plus grands défis, mais qui ont aussi été les plus riches.
Pendant de nombreuses années, nous avons organisé des campagnes pour les plus démunies de notre ville : Dîner de Noël pour 200 sans-abri, paniers de Noël pour les familles dans le besoin, collecte de vêtements d’hiver (Arbre de mitaines et Koats for Kids), SOS SANS-ABRI, tricoter pour les moins fortunés, pour n’en citer que quelques-unes.
L’implication dans ces activités organisées pour venir en aide aux plus démunis de notre ville de Winnipeg nous a amenés à poser la question de notre impact sur le monde en dehors de notre propre entourage. J’ai senti chez les jeunes le désir de faire une différence significative dans le monde. En tant que Canadiens, nous avions tout. Mais nous avions aussi une responsabilité envers ceux qui avaient peu. Mon défi comme directrice de la pastorale est devenu clair: rassembler notre communauté autour d’un projet commun, un projet qui éduque, qui fait appel aux valeurs humaines et spirituelles, et qui nous interpelle à vivre dans la solidarité.
Il y a 30 ans, j’ai appris une leçon importante, une leçon qui a influencé la manière dont j’ai mis en place ces projets de solidarité à l’USB. La première fois que j’ai tenté d’organiser un voyage de ce genre, c’était en Haïti. J’ai consulté l’une de nos sœurs au sujet de l’envoi d’un groupe d’étudiants. Comment pourrions-nous aider? Vous construisez actuellement une école? Pouvons-nous venir vous aider en tant que bénévoles?
Elle m’a interpellé fortement sur ce type de voyage et j’ai compris deux choses. Premièrement, soyons honnêtes: nous venions pour voyager, pour faire l’expérience d’une nouvelle réalité pour nous-mêmes, pour notre propre éducation. Deuxièmement, les habitants d’Haïti disposaient de l’expertise nécessaire pour faire la construction dans leur propre pays. Ils n’avaient pas besoin de gens qui n’avaient ni connaissances, ni expériences dans leur pays. Sur le coup, j’étais offusquée. J’avais de très bonnes intentions. Je voulais juste aider. Pour ceux d’entre nous qui viennent de pays riches, nous nous considérons souvent comme des «sauveurs», être parachutés et aider à soulager la pauvreté dans les pays en développement. Nous pourrions donner deux semaines de notre vie pour construire une école, par exemple. Nous nous sentons alors bien, nous aurions fait notre part.
Après que je me sois calmée, je me suis rendue compte qu’en fait, elle avait raison. La vérité est qu’une immersion, aussi brève soit-elle, est une expérience qui nous sera bénéfique et éducative. La question est devenue centrée sur la solidarité: comment offrir quelque chose en retour? M’est venue l’idée de collecter des fonds qu’ils ont pu utiliser pour améliorer leur environnement, ce qui s’est réalisé.
J’ai organisé un total de 5 voyages de solidarité – au Mexique (2), au Pérou, en Haïti, et au Mali. Chaque projet consistait en deux ans de formation sur le pays que nous allions visiter. La formation consistait en un regard approfondi sur le pays: les enjeux sociopolitiques et économiques cachés derrière l’exploitation humaine, la justice, le système d’éducation et de la santé, la religion et son influence enracinée dans la culture.
Dans tous les pays, nous étions touchés par les témoignages des adolescents, des enfants, des femmes, des parents, des aînés. Nous avons eu l’occasion de discuter avec des spécialistes de ces pays et du personnel de l’Ambassade canadienne. Au Mali, nous étions témoins d’un pays où l’Islam est majoritaire et la pratique d’autres religions est respectée. Notre séjour était en décembre; vivre la fête de Noël dans un pays où le christianisme est minoritaire nous a beaucoup touchés.
Et en fin de compte, nous nous sommes interrogés sur la manière pratique de vivre nos valeurs d’amour, de charité et d’entraide chez nous. Surtout, nous nous sommes laissés transformer par ces expériences de justice sociale, de foi et de spiritualité. Ces projets, cumulés par un séjour dans chaque pays, étaient des expériences uniques qui nous ont transformés de l’intérieur.
Lorsque je suis revenue du projet de solidarité du Mali, en Afrique de l’Ouest en janvier 2011, les étudiants et mes collègues m’ont demandé: «Quel sera le prochain voyage de solidarité?» Une petite voix intérieure m’a répondu en chuchotant: «Regarde dans ta propre cour». Je savais ce que cela signifiait… Il s’agissait de tendre la main aux peuples indigènes d’ici, sur la terre où nous nous trouvons aujourd’hui. Mais comment allais-je m’y prendre? Il s’agissait d’une partie tellement compliquée et douloureuse de notre histoire canadienne – une histoire dévastatrice qui a des répercussions jusqu’à aujourd’hui. En tant que catholiques, nous sommes porteurs d’une histoire institutionnelle qui peut nous mettre sur la défensive. Parfois, nous pouvons même nous sentir attaqués personnellement – «C’est MA foi qu’ils critiquent». Oserais-je ouvrir une conversation sur la réconciliation?
Rien n’arrive sans risque. Mon intuition de prendre ce chemin pour le prochain projet de solidarité était trop forte pour l’ignorer. Depuis longtemps j’étais troublée par la réalité que vivaient les autochtones à cause des pensionnats et la Loi sur les Indiens. La place des non-Autochtones dans l’histoire du Canada, et surtout la responsabilité que nous avons de rectifier la mentalité que perpétue le racisme, l’injustice et la pauvreté est devenue une avenue à explorer. Au niveau personnel, quand j’étais au secondaire j’avais eu de bonnes relations avec mes collègues de classes de la Sḵwx̱wú7mesh Úxwumixw (Nation Squamish). Mon expérience de vie m’a permis de comprendre que c’est en cultivant des relations saines que l’on élimine les raisons sous-jacentes au racisme et aux préjugés. Aussi, nous avons trop souvent peur de l’inconnu. Créer une relation avec l’autre et apprendre à connaître sa culture nous permet d’en voir la beauté et la richesse. Pour chacun de nous, c’était une réalisation que la réconciliation commence avec soi-même. C’est pour cela que j’ai nommé ce cheminement (ce projet de solidarité) «réconciliACTION». La mise en œuvre de ce nouveau mot a tout changé!
À l’époque, je ne savais qu’une chose: je ne parlerais pas au nom des peuples indigènes et je n’enseignerais rien aux étudiants à leur sujet, tout comme je n’avais pas parlé au nom des autres cultures que nous avions visitées. Cette prise de conscience s’est avérée être une bénédiction!
Mon expérience d’être allée à l’école avec des enfants de la nation Squamish, à North Vancouver, devait bien me servir… Dieu merci, il y a Internet! J’ai donc effectué des recherches et j’ai vu le nom d’un camarade de classe, Byron Joseph. Il était président du conseil de la nation Squamish. Je lui ai donc téléphoné… et je lui ai timidement fait part de ce que je portais dans mon cœur. À l’époque, j’appelais cela un «voyage spirituel». Au cours de ces premiers mois de planification, le chemin de la guérison et de la réconciliation entre les peuples autochtones et nous-mêmes est devenu le cœur du programme de deux ans que nous étions en train de créer. Une conversation en a entraîné une autre et, peu à peu, des relations se sont créées, qui se sont rapidement transformées en véritables amitiés.
L’une des personnes qui a eu un impact marquant sur notre parcours est l’Aînée Mae Louise, la toute première aînée que j’ai rencontrée il y a de nombreuses années. En 1989, j’ai participé à son atelier de fabrication de tambours. Elle était très souvent invitée lors de la formation des jeunes engagés à réconciliACTION et à toute la communauté de l’Université. Elle a su nous ouvrir les yeux sur l’impact du colonialisme et nous a introduit aux richesses culturelles des Premiers peuples de l’île de la Tortue. Plus que cela, sa passion reposait sur la guérison des femmes exploitées et trafiquées. Par son être, L’Ainée Mae Louise a su nous inspirer à vivre à partir de notre esprit authentique, de notre âme profonde. Elle demeure pour moi une femme modèle. Je la considère comme une mère spirituelle et un membre de ma famille.
Ce fut alors un grand honneur qu’elle me donne un «nom d’esprit». Les Anishinaabe croient que chaque personne a un nom spirituel donné par le Créateur. Mon nom, She Who Carries Sacred White Dove Medicine, m’a été donné par l’Ainée Mae Louise avec ce message: “You always believed that all humans are equal. I respect your love and help to Indigenous Peoples. I believe Dove Medicine is Love, Unity, and Equality and that represents you, Sister Norma.” Je prie pour que je puisse grandir dans ce nom, me revêtir chaque jour de son sens profond dans le don total de ma vie.
L’apprentissage académique et historique de la réconciliation était important, mais ça ne suffisait pas. La formation la plus importante dont mes élèves avaient besoin, me semblait-il, était d’avoir un cœur à l’écoute: sans jugement, sans blâmer l’autre ou lui donner tort.
Un jour, j’ai trouvé le dépliant de Returning to Spirit (RTS) sur mon bureau. Je pense que Dieu y est pour quelque chose, car jusqu’à ce jour je n’ai aucune idée de comment il est arrivé là. RTS nous a donné l’occasion de faire partie d’une communauté composée d’indigènes et de non indigènes, qui vit son parcours de guérison et de réconciliation. J’ai donc organisé deux ateliers de 5 jours chacun: “Roots of Reconciliation” et un deuxième intitulé “Advancing Reconciliation”. Ces deux ateliers ont été offerts 3 fois à l’USB: en 2012/13, 2014/15 et 2016. Chaque atelier était appuyé par la Winnipeg Foundation. En appliquant les modèles proposés, nous découvrons comment nos comportements, nos jugements ou nos perceptions nous empêchent de vivre des relations saines. Quelle expérience enrichissante pour les jeunes de l’USB. Ç’a transformé nos vies!
Norma McDonald, ReconciliACTION Hesquiaht, Colombie-Britannique, 2025. Collection privée.
J’ai une immense gratitude envers plusieurs communautés Autochtones: Tla-o-qui-aht, Hesquiaht, Ahousaht, trois Premières Nations dans la région de Tofino en Colombie-Britanique, les Clan Mothers, et les personnes qui ont cheminé avec moi en RTS depuis 2011; toutes et tous ont laissé une trace indélébile sur ma vie. Pendant toutes ces années, ce qui m’a le plus touchée, c’est l’accueil inconditionnel des autochtones. Je suis une femme blanche et une religieuse en plus. Beaucoup auraient eu des raisons de ne pas souhaiter être en relation avec moi en raison de notre histoire au Canada. Mon expérience a été marquée par leur ouverture et leur espérance. Avec le recul, il est facile de voir que les choix que j’ai faits chaque jour m’ont conduit à une vie bien remplie; non sans défis et déroutes, bien sûr, mais si je suis la femme que je suis aujourd’hui, c’est grâce à ceux et celles qui m’ont interpellée au fil des années.
Je tiens à dire combien je suis touchée d’être considérée parmi les Femmes engagées franco-manitobaines. Cette communauté m’a toujours reconnue, respectée et soutenue. J’ai été engagée dans des institutions laïques durant toute ma vie professionnelle. Dans toutes les fonctions que j’ai occupées, j’ai toujours ressenti le désir de croître, d’apprendre, et de vivre en profondeur avec la jeunesse. Ma vocation religieuse au sein des Sœurs de Sainte-Croix m’a permis de vivre pleinement, tout en travaillant dans le même sens avec les gens autour de moi.
Il va sans dire que le cheminement parcouru avec mes sœurs en Sainte-Croix depuis l’âge de 21 ans m’a fait croître. C’est grâce à ces femmes que j’ai connu l’importance des relations entre les personnes, et l’appréciation de nos différences. Je pense à Sœur Denece Billesberger, sej, qui m’a permis de voir qu’une vocation religieuse est vraie même si on ne semble pas entrer dans le moule «d’une vraie sœur»; à Sœur Yvonne Lessnick, csc, cuisinière, qui par la plus humble des tâches m’a témoigné que l’amour se transmet simplement, un geste à la fois; par Sœur Jeanne Wilfort, csc, qui a cru en moi et qui m’a interpellé à vivre pleinement et dans l’authenticité de qui je suis, peu importe le prix. Ces femmes, avec bien d’autres, m’ont permis de voir que créer des relations profondes, des relations qui s’appuient sur le respect, l’amour, l’humilité, le courage, la vérité, le pardon, sont incontournables si on veut vivre épanouie et libre.
Enfin, je me permets de m’adresser aux jeunes femmes. Devant n’importe quelle circonstance, plutôt que de vivre à partir de vos réactions, prenez le temps de vous situer… et de vivre à partir de votre esprit authentique. La peur de l’inconnu est souvent ce qui empêche de faire de grandes choses. Ayez le courage de vous lancer dans ce voyage. Cela peut être inconfortable, mais sachez que c’est dans ces moments-là que vous vous laisserez transformer.
Ayez la foi que votre voyage se déroulera sous la mouvance de l’Esprit. Il suffit d’être attentive à la voix de l’Esprit qui murmure dans vos cœurs et vous donne la force de dire OUI au bon moment. C’est un acte de foi qui demande du courage, mais souvenez-vous que vous n’êtes pas seule! Vous ne pouvez que marcher ensemble dans l’espérance et la foi, sûres que vous y parviendrez, une conversation à la fois.
Trois mots résument mon souhait pour vous : se connaître, aimer et pardonner. Commencez par vous connaître et être vraie dans votre façon d’être. Quand on est blessée, on a parfois tendance à se réfugier derrière un mur, ce qui nous empêche d’être qui nous sommes et de se donner aux autres. On ne peut pas oublier les injustices ou les actes néfastes dont on a été victime. Mais à la longue, il vaut mieux laisser aller et pardonner, afin de vivre une vie épanouie et authentique. C’est une des choses les plus difficiles à faire, mais c’est le prix à payer pour pouvoir se dire, «Ma vie, je la donne gratuitement et avec un cœur plein d’amour».
Norma McDonald, 2015. Collection privée.
PRIX DE RECONNAISSANCE REÇUS :
International Association of Chaplains in Higher Education (IACHE) (2000) – membre fondatrice de la première conférence mondiale multi foi pour l’aumônerie de l’enseignement supérieur qui a eu lieu à l’Université de Colombie-Britannique, Vancouver.
Médaillée du jubilé de la Reine Élisabeth II (2012) récompensée pour son don de soi et son dévouement à la collectivité, surtout auprès de la jeunesse.
Certificat de reconnaissance du Conseil national de Développement et Paix (2014) de l’Archidiocèse de Saint-Boniface pour sa contribution et son engagement envers la justice sociale et ses efforts pour améliorer les conditions de vie des populations du Sud.
Femmes qui ont inspiré notre histoire – Les femmes au cœur du changement Développement et Paix (2017) ses années passées à sensibiliser les jeunes aux questions de justice sociale dans les pays du Sud l’ont appelée à faire preuve d’une plus grande intégrité et à tourner son regard vers des injustices qui font aussi parties de la réalité canadienne.
Prix Alexandre-Taché (2020) décerné en témoignage de reconnaissance pour son apport au rayonnement à la collectivité franco-manitobaine et sa participation au rayonnement de celle-ci à l’étranger.
https://ustboniface.ca/une-approche-multifoi-mars-2021
Caritas Award (2023) décerné pour son rôle de leader en tant qu’éducatrice catholique dans la création d’opportunités pour les gens de suivre le chemin de la réconciliation au Canada.
Ces propos ont été recueillis en avril 2025.




