Le pont Provencher
Au cœur de la ville de Winnipeg, nous retrouvons une œuvre d’art – l’Esplanade Riel et le pont Provencher. C’est difficile de croire que cette merveilleuse architecture devenue emblème de Winnipeg, vedette de toutes les cartes postales, d’affiches touristiques et de marketing de la ville, n’a que deux décennies. Son origine remonte cependant au début du 20e siècle. C’était en 1912 que l’idée de construire un nouveau pont pour remplacer le vieux pont Broadway qui reliait la ville de Winnipeg à la ville de Saint-Boniface prit naissance. Le pont Broadway avait été construit en 1882, et une croissance marquée de la population des deux villes avait fait en sorte qu’il ne répondait plus aux besoins des communautés connexes.[1] Pour combler ces besoins, telles qu’une circulation plus efficace pour les véhicules et les tramways ainsi qu’un passage pour piétons, la construction d’un nouveau pont fut nécessaire. Pour ajouter aux raisons sages d’entreprendre ce projet, le pont Broadway avait aussi été récemment déclaré dangereux[2] à traverser.
À l’époque, la Ville de Winnipeg avait signé un accord avec une des nouvelles gares, interdisant l’accès direct de la population de Saint-Boniface à la ville de Winnipeg par l’avenue Broadway. La Ville de Saint-Boniface fut, comme de raison, offusquée par cette entente.2 Néanmoins, les deux communautés appuyèrent l’idée d’un nouveau pont, non seulement pour mettre en valeur un sens d’unité mais aussi pour faciliter le commerce entre les deux villes. C’est ainsi qu’on commença à songer au nouveau projet. Le pont aurait pour but de lier Saint-Boniface et Winnipeg et il serait construit à l’extrémité ouest du boulevard Provencher jusqu’à la rue Water. De plus, puisque les bateaux de vapeur étaient encore une méthode de transport très populaire sur la rivière Rouge, la décision fut prise de bâtir un pont-levis. Ce dernier choix tomberait rapidement en désuétude dans un environnement de technologie en évolution constante et son usage déclinera subitement.1
C’est ainsi que le 20 février 1914, un accord entre la ville de Winnipeg et la ville de Saint-Boniface fut signé : les deux villes travailleraient ensemble pour achever cet immense projet. Saint-Boniface se chargerait de la réalisation même du pont et payerait deux tiers des coûts associés, tandis que Winnipeg payerait le reste des coûts et réviserait les travaux pour en donner l’approbation finale.2 Au moment de l’entente, la construction avait déjà commencé, et au cours de la même année les pieux d’acier furent installés.[3] Malgré ces progrès, les travaux cessèrent pendant quelques années, en attendant une décision finale sur la conception de la partie supérieure du pont. Puisque le pont désiré devait être un pont-levis, une étape importante était de trouver le système approprié pour assurer son fonctionnement. Ceci causa un conflit entre les villes puisque Winnipeg insistait sur le système de STRAUSS et Saint-Boniface préférait l’axe Scherzer, qui avait un aspect beaucoup plus esthétique. De plus, selon La Liberté en 1915 « … le pont que désire construire le conseil de Saint-Boniface est moins dispendieux que l’autre. » [4] Une décision fut finalement prise le 14 avril 1916; le pont serait construit avec l’axe Scherzer en employant le style d’arches à solives.2 En, le pont complété fut en réalité un pont basculant au lieu d’un pont-levis! Le retard du projet augmenta les coûts de 16 %.
Le pavage final fut terminé en 1918, ainsi que l’installation des 26 lampadaires. On a ensuite terminé les rampes d’accès et commencé à peindre le nouveau pont. Le pont fut ouvert à la circulation la même année. L’année suivante, le 27 octobre 1919, l’inspection finale eut lieu et le nouveau pont fut baptisé le pont Provencher. Le rêve d’un pont avec passage pour piétons liant Saint-Boniface et Winnipeg venait de se réaliser. Pour renchérir le succès, le 3 décembre 1925, pour la première fois, un tram utilisa le nouveau pont lors de l’inauguration du service de tramway.2
Le pont complété mesura 167,5 pieds (51 m) de longueur et 67,5 pieds (20,5 m) de largeur. Il comprenait quatre voies d’une largeur de 11 pieds (3,4 m) chacune pour les automobiles, ainsi que deux trottoirs qui mesuraient 10 pieds (3,0 m) pour les piétons.[5] Il était revêtu de matériaux très modernes qui accentuaient l’aspect esthétique. En 1930, le pont fut recouvert d’une couche de peinture noire et plus tard, il fut repeint de couleur verte. Sur le pont on retrouvait un panneau indiquant le nom du pont, et la cabine de contrôle, qui fut transformée en crêperie en 1998[6] puisqu’on ne se servait plus du mécanisme de bascule. Parmi tous les ponts manitobains qui passèrent au-dessus de la rivière Rouge, le pont Provencher serait pendant plusieurs années le plus large, le plus long et le plus important.2
Ce pont exista pour de nombreuses années et il desservit les gens de Saint-Boniface et de Winnipeg fidèlement jusqu’au début du nouveau siècle. Le 5 septembre 2000, le conseil municipal de la Ville de Winnipeg a pris la décision de construire un nouveau pont.[7] La décision causa une petite avalanche de controverse puisque plusieurs personnes ne voulaient pas voir disparaître le pont de 1918. Quelques personnes qui désiraient conserver l’ancien pont présentèrent l’argument que le pont faisait partie intégrale du patrimoine de Saint-Boniface et que le coût d’en bâtir un nouveau serait considérablement plus élevé que celui de réparer le vieux. Néanmoins, le pont Provencher de 1918 fut démoli en 2002. Vers la fin du mois d’octobre 2003[8], le nouveau pont Provencher fut ouvert à la circulation, permettant aux véhicules de reprendre leurs traverses quotidiennes du centre-ville de Winnipeg au cœur de Saint-Boniface. L’ouverture du passage pour piétons fut toutefois retardée jusqu’au mois de décembre.[9] Ce dernier, nommé l’Esplanade Riel en honneur de Louis Riel et dont l’architecte Étienne Gaboury et son cabinet[10] furent responsables, est d’une beauté époustouflante. Le coût total de cette véritable œuvre d’art s’élevait à 75 millions de dollars.[11] Elle est maintenant devenue symbole de modernité et lieu touristique iconique au cœur de la ville de Winnipeg
[1] « Saint-Boniface, Manitoba, Canada (2008) », Joanne Therrien, Vidacom
[2] 0001/2968/3430, « Le pont provencher – Gérald Boily »
[3] S1/1155/2712, « Les amis du pont Provencher »- Gérald Boily (p.8)
[4] « L’échevin Beaupré et le pont Provencher », J.-A. Beaupré, 7 décembre 1915, La liberté (p. 7)
[5] 0001/2968/3430, « Les amis du pont Provencher (le 15 juin 1999) »
[6] « Qu’advient-il de La Crêperie? », Sandra Poirier, 15 juin 2001, La Liberté (p.3)
[7] « J’ai vu le pont Provencher tomber », Louis Fiset, 15 septembre 2000, La liberté (p. 5)
[8] « Pont Provencher Bridge 2003 »
[9]« Esplanade Riel à Winnipeg, un magnifique pont reliant les gens et les cultures », https://salutcanada.ca/listings/esplanade-riel-a-winnipeg-un-magnifique-pont-reliant-les-gens-et-les-cultures/
[10] Saint-Boniface, Manitoba, Canada
[11] 0001/2968/3430, Winnipeg Free Press, 22 octobre 2003, Mary Agnes Welch
