Suicide au Groenland

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Le suicide au Groenland, pays autonome au sein du Royaume du Danemark, est un problème social majeur. Le Groenland affiche l'un des taux de suicide les plus élevés au monde. Chez les Inuits du Groenland, le taux de suicide atteint un pic entre 1985 et 1989, avec environ 120 suicides pour 100 000 habitants par an, avant de diminuer au cours des décennies suivantes. Pour la période la plus récente, 2015-2018, le taux était encore d'environ 81 pour 100 000 habitants par an[1].
Le Groenland est un pays isolé sur le plan culturel et géographique, mais aussi l'un des plus froids (avec le moins d'heures d'ensoleillement) et le moins peuplé au monde. Bien que l'on sache que ces facteurs contribuent aux problèmes liés au suicide, on ne sait pas encore s'ils ont une influence directe sur les suicides au Groenland, ni dans quelle mesure. Toutefois, de nombreuses initiatives sont prises pour réduire le taux de suicide dans le pays, notamment des affiches placardées le long des routes[2], et une stratégie nationale de prévention du suicide est mise en place, comprenant des cours, une éducation générale, des actions de sensibilisation dans les communautés locales et la participation de professionnels tels que des enseignants, des travailleurs sociaux et des médecins[3].
Histoire
[modifier | modifier le code]Le taux de suicide au Groenland commence à augmenter dans les années 1970 et continue à progresser jusqu'en 1986. En 1986, le suicide devient la principale cause de décès chez les jeunes dans plusieurs villes, comme Sarfannguit[2]. En 1970, le taux de suicide au Groenland est historiquement très bas, mais entre 1990 et 1994, il devient l'un des plus élevés au monde, avec 107 décès par suicide pour 100 000 personnes par an[4]. Une augmentation tout aussi spectaculaire du taux de suicide, qui atteint un niveau très élevé, est observée chez les Inuits du Canada[5],[6]. Les données du gouvernement groenlandais publiées en 2010 suggèrent qu'il y avait près d'un suicide par semaine[7].
Incidence et variance
[modifier | modifier le code]Selon les données sur le suicide publiées par Statistiques Groenland, le suicide représente 8 % du nombre total de décès au Groenland et constitue la principale cause de décès chez les jeunes hommes âgés de 15 à 29 ans[8].
Un article publié dans la revue BMC Psychiatry en 2009 rapporte qu'un total de 1 351 suicides ont lieu au Groenland au cours d'une période d'étude de 35 ans, de 1968 à 2002. L'étude note une variation significative du taux de suicide en fonction de la saison, caractérisée par des pics en juin et des creux en hiver[4]. La concentration des suicides pendant les mois d'été était plus prononcée dans les régions situées au nord du cercle arctique[4]. Des variations régionales sont également observées, les taux de suicide étant plus élevés dans le nord de l'ouest du Groenland que dans le sud[9].
Les taux de suicide sont plus élevés chez les hommes que chez les femmes. Parmi les personnes qui se suicident, la plupart sont des jeunes hommes âgés de 15 à 24 ans. Contrairement à d'autres pays occidentaux, le taux de suicide au Groenland diminue avec l'âge[9].
Raisons
[modifier | modifier le code]Plusieurs raisons sont invoquées pour expliquer le taux élevé de suicide au Groenland, notamment l'alcoolisme, la dépression, la pauvreté, les relations conflictuelles avec le conjoint et les foyers parentaux dysfonctionnels. Selon un rapport publié en 2009, le taux de suicide au Groenland augmente pendant l'été. Les chercheurs attribuent cette augmentation à l'insomnie causée par la lumière du jour incessante[10].
Le choc culturel entre la culture traditionnelle inuite et la culture occidentale moderne serait également un facteur contributif[11]. Entre les années 1970 et la fin des années 1980, le Groenland connait une période d'urbanisation rapide, de nombreux villages groenlandais ayant été privés de soutien et de financement, le gouvernement danois encourageant la migration vers les villes. Les nouveaux immigrants, qui vivaient auparavant dans des sociétés traditionnelles inuites de chasseurs-cueilleurs, se sont généralement retrouvés isolés dans les villes, sans soutien social. Beaucoup d'entre eux ont souffert de graves problèmes de santé mentale dans les villes, avec un taux de suicide élevé, qui reste un problème majeur au Groenland[12],[13],[14].
Méthodes courantes
[modifier | modifier le code]Des méthodes violentes sont utilisées dans 95 % des cas de suicide[4]. Les méthodes les plus courantes étaient la pendaison (46 %) et le tir (37 %)[4] ; d'autres méthodes, telles que le saut depuis une hauteur, l'automutilation à l'aide d'objets tranchants, la noyade, la surdose de médicaments et l'empoisonnement ont également été utilisées, mais moins fréquemment[9].
Prévention
[modifier | modifier le code]Le gouvernement du Groenland et des organisations internationales et nationales prennent des mesures et lance des initiatives pour prévenir les suicides. Il existe des associations qui apportent leur soutien aux personnes ayant des pensées suicidaires. Les mesures mises en place comprennent notamment les affiches placées le long des routes, sur lesquelles est écrit : « L'appel est gratuit. Personne n'est seul. Ne restez pas seul avec vos pensées sombres. Appelez. »[2],[4]. Des conseillers en prévention du suicide diffusent des films visant à dissuader les adolescents de tenter de se suicider[7]. La première stratégie nationale de prévention du suicide est lancée en 2005, suivie d'une autre en 2013 qui comprend des cours, des formations, la participation des communautés locales et des professionnels (tels que des enseignants, des travailleurs sociaux et des médecins)[3]. Elle met également en évidence un certain nombre de domaines dans lesquels des études supplémentaires sont nécessaires[3].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) Seidler IK, Tolstrup JS, Bjerregaard P, Crawford A et Larsen CVL, « Time trends and geographical patterns in suicide among Greenland Inuit », BMC Psychiatry, vol. 23, no 1, , p. 18 (PMID 36944963, PMCID 10031872, DOI 10.1186/s12888-023-04675-2
). - 1 2 3 (en) Jason George, « The Suicide Capital of the World », Slate, (consulté le ).
- 1 2 3 (da) Departementet for Sundhed og Infrastruktur, « National strategi for selvmordsforebyggelse i Grønland 2013-2019 (National Strategy for suicide prevention in Greenland 2013-2019) » [PDF], Naalakkersuisut, .
- 1 2 3 4 5 6 (en) K. S. Björkstén, D. F. Kripke et P. Bjerregaard, « Accentuation of suicides but not homicides with rising latitudes of Greenland in the sunny months », BMC Psychiatry, vol. 9, (PMID 19422728, PMCID 2685778, DOI 10.1186/1471-244X-9-20
). - ↑ (en) Katherine Harding, « Nunavut reeling from soaring suicide rate; Territory's leaders are in denial and government efforts to address the crisis are weak, expert says », The Globe and Mail, Iqaluit, Nunavut, .
- ↑ (en) Jack Hicks, « The social determinants of elevated rates of suicide among Inuit youth », Indigenous Affairs, , p. 30–37.
- 1 2 (en) « Singing to end teen suicide in Greenland », sur bbc.co.uk, (consulté le ).
- ↑ (en) Hannah Sargeant, Rebecca Forsyth, et Alexandra Pitman: The Epidemiology of Suicide in Young Men in Greenland: A Systematic Review, Int J Environ Res Public Health. Nov. 2018; 15(11): 2442.
- 1 2 3 (en) Markus J. Leineweber, « Modernization and Mental Health: Suicide among the Inuit in Greenland » (consulté le ).
- ↑ (en) « Greenland's Constant Summer Sunlight Linked To Summer Suicide Spike » (consulté le ).
- ↑ (en) Nils Retterstøl, Suicide, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-42099-0, lire en ligne
), 26. - ↑ (en) « The colonialism of Denmark-Norway and its legacies », sur nordics.info, .
- ↑ (en) Sofie Lee Sogaard, « The Construction of Exceptionalist Nationalism: A Critique of Danish Imperialist Shame and Ongoing Colonialism in KalaallitDanish Imperialist Shame and Ongoing Colonialism in Kalaallit NunaatNunaat ».
- ↑ (en) The Arctic Suicides: It's Not The Dark That Kills You, « The Arctic Suicides: It's Not The Dark That Kills You », sur npr.org, .