Chepseskarê
| Chepseskarê | |
sceaux cylindriques portant le nom de Chepseskarê | |
| Période | Ancien Empire |
|---|---|
| Dynastie | Ve dynastie |
| Fonction principale | roi |
| Prédécesseur | Néferirkarê ou Néferefrê ou Niouserrê |
| Dates de fonction | XXVe siècle / XXIVe siècle AEC[note 1] |
| Successeur | Néferefrê ou Niouserrê ou Menkaouhor |
| Sépulture | |
| Nom | Pyramide de Chepseskarê |
| Type | Pyramide |
| Emplacement | Abousir |
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Chepseskarê (signifiant Noble est l'âme de Rê) était un roi égyptien ancien, le quatrième ou cinquième souverain de la Ve dynastie pendant la période de l'Ancien Empire. Chepseskarê a eu un court règne entre le milieu du XXVe siècle et le milieu du XXIVe siècle avant l'ère commune[note 1], et était peut-être propriétaire de la pyramide inachevée d'Abousir, qui a été abandonnée après quelques semaines de travaux dans les premières étapes de sa construction. Il est le souverain le plus obscur de cette Ve dynastie.
À l'appui de plusieurs sources historiques, il a souvent été considéré que Chepseskarê avait régné pendant sept ans, succédant à Néferirkarê Kakaï et précédant Néferefrê sur le trône, faisant de lui le quatrième souverain de la Ve dynastie. Cependant, depuis de fouilles menées à Abousir et à Abou Ghorab, ayant permis les découvertes de nouvelles attestations contemporaines du roi, clairement documentées dans leurs contextes de découverte respectifs, ainsi que l'amélioration de la compréhension de l'époque du milieu de la Ve dynastie, plusieurs égyptologues, notamment Miroslav Verner et, plus récemment, Massimiliano Nuzzolo, ont remis en cause la durée du règne et la chronologie présentées dans les sources historiques égyptiennes. Verner, le premier, a construit une théorie dès la fin des années 1990 où il place Chepseskarê, à qui il attribue un très court règne, entre Néferefrê et Niouserrê, notamment du fait de la découverte d'empreintes de sceaux dans une partie du temple funéraire de Néferefrê avec ceux d'autres rois postérieurs de la Ve dynastie, attestant ainsi qu'il régna après Néferefrê, et non avant. Les arguments de Verner ont maintenant convaincu plusieurs égyptologues tels que Darrell Baker et Erik Hornung. Nuzzolo, en 2024, rejoint Verner sur la très courte durée du règne mais conteste la position du roi, à l'appui notamment d'une nouvelle découverte d'empreinte de sceau faite en 2022 dans le temple solaire de Niouserrê : Nuzzolo considère en effet que la découverte dans le temple funéraire de Néferefrê ne permet pas de situer précisément Chepseskarê, si ce n'est qu'il régna pendant la Ve dynastie après Néferefrê, tandis que la découverte dans le temple solaire de Niouserrê ne permet pas de situer précisément Chepseskarê, si ce n'est qu'il régna pendant la Ve dynastie après Niouserrê. In fine, Nuzzolo propose de placer Chepseskarê entre Niouserrê et Menkaouhor.
Les relations de Chepseskarê avec ses prédécesseurs et ses successeurs ne sont pas connues avec certitude. Verner avait initialement proposé de faire de Chepseskarê un usurpateur ayant subi une damnatio memoriae, fils du roi Sahourê, puis il précisa son hypothèse en proposant l'un des deux fils aînés du roi, Netjerirenrê, à la suite de découvertes faites au début des années 2000 dans le complexe funéraire de ce roi. Suite à d'autres décovuertes faites dans les mastabas autour du complexe fuénraire de Néferefrê, il émit l'hypothèse qu'il soit en fait le fils du roi Néferefrê et de la reine récemment découverte Khentkaous III. Nuzzolo remet en cause la reconstruction de Verner car cela ne cadre pas avec les données archéologiques[1].
Attestations
[modifier | modifier le code]Sources contemporaines
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Chepseskarê est un roi de l'Égypte antique, le quatrième[2] ou cinquième[3] souverain de la Ve dynastie. L'Égypte était alors unifiée, avec sa capitale située à Memphis[4].
Le roi est connu par plusieurs documents[5],[6],[7] :
- un sceau-cylindre en bronze portant le nom d'Horus Sekhemkhâou et trouvé dans les ruines de Memphis au début du XXe siècle[note 2],[8],[9],
- un sceau-cylindre en serpentine noire, de provenance inconnue, inscrit avec le texte suivant : « Chepseskarê bien-aimée des dieux, Chepseskarê bien-aimée d'Hathor »[10],[note 3],
- un sceau-cylindre, visiblement non terminé, retrouvé in situ par Ludwig Borchardt dans le temple solaire de Niouserrê et qui mentionne, en plus du nom d'Horus Sekhemkhâou, le nom de la pyramide de Niouserrê et du temple solaire de ce roi[11],[note 4],
- une empreinte de sceau, sans provenance connu, inscrit au nom d'Horus Sekhemkhâou et du nom du temple solaire de Néferirkarê[12],[13],[note 5],
- deux empreintes de sceaux provenant des fouilles de Ludwig Borchardt à Abousir et Abou Ghorab, bien que l'origine exacte soit inconnue ; ils sont tous les deux inscrits au nom d'Horus Sekhemkhâou[10],[note 6],
- une empreinte de sceau, sans provenance connue et inscrit au nom d'Horus Sekhemkhâou[10],[note 7],
- six empreintes de sceaux découverts dans le temple funéraire de la pyramide de Néferefrê et inscrits au nom d'Horus Sekhemkhâou et dont deux mentionnent le nom du temple solaire de Néferirkarê ; ils ont été découverts dans la partie la plus ancienne du temple avec des sceaux de Niouserrê, Djedkarê Isési et Ounas[14],[15] ; ces empreintes de sceaux proviennent probablement de trois sceaux différents et ont probablement été placées sur les portes des magasins du temple[16],
- une empreinte de sceau découvert dans une fosse à déchets, datée du début de la VIe dynastie, dans le temple solaire de Niouserrê ; cette empreinte de sceau, inscrit avec le nom d'Horus Sekhemkhâou, a été découverte avec d'autres empreintes de sceaux : deux de Djedkarê Isési, deux d'Ounas et une de Téti[17].
Enfin, il y a un seul scarabée portant la mention Chepseskarê[sic] que l'égyptologue Flinders Petrie attribua à Chepseskarê à la fin du XIXe siècle[18]. Les chercheurs modernes doutent de cette attribution et croient plutôt que le scarabée est soit une œuvre de la période saïte beaucoup plus tardive exécutée dans un style archaïque[19],[12], soit une scarabée du roitelet obscur de Tanis de la fin de la Troisième Période intermédiaire nommé Gemenefkhonsoubak Chepseskarê[19],[12].
Les dignitaires de la Ve dynastie qui ont entamé leur carrière sous le règne de Néferirkarê, ont fait figurer dans leurs tombeaux les cartouches des successeurs du roi au service desquels ils l'ont poursuivie. Le nom de Chepseskarê n'y apparaissant jamais on a suggéré qu'il avait été frappé de damnatio memoriae, étant un usurpateur, détrôné par les partisans de la lignée officielle dont tous les dignitaires en question seraient des témoins implicites. La seule exception est peut-être la stèle fausse porte du grand prêtre de Ptah Ptahchepsès Ier, qui devait mentionner huit rois sous lesquels il a vécu, mais seuls les noms des quatre premiers sont conservés : Mykérinos, Chepseskaf, Ouserkaf, Sahourê, et quatre noms qui devaient être Néferirkarê, Néferefrê, Niouserrê et Chepseskarê[20],[21],[22].
Jürgen von Beckerath a associé à Chepseskarê le scellement conservé au Musées d'État de Berlin sous le numéro ÄM 20384 ; ce dernier est inscrit au nom Nétjerouser[23],[24]. Cependant, ni Miroslav Verner, ni Massimiliano Nuzzolo, qui ont tous les deux fait un récapitulatif des attestations de Chepseskarê, ne mentionne celui-ci comme faisant référence à Chepseskarê[6],[7].
Sources historiques
[modifier | modifier le code]La seule liste des rois égyptiens anciens mentionnant Chepseskarê[19] est la table de Saqqarah (à la 28e place)[25],[26]. La table a été inscrite sous le règne de Ramsès II, environ 1 200 ans après le règne de Chepseskarê, et enregistre la succession dynastique Néferirkarê → Chepseskarê → Néferkharê (un nom de variante de Néferefrê) → Menkaouhor[27]. Chepseskarê est complètement absent d'une autre liste de rois datant de la même période : la liste royale d'Abydos, écrite sous le règne de Séthi Ier. Quant au Canon royal de Turin (règne de Ramsès II), une grosse lacune affecte les noms entre du deuxième au sixième roi de la Ve dynastie[28],[note 8]. Les longueurs de règne encore visibles sur le papyrus au niveau des lignes 20 à 22 sont incertaines et lues différemment par les auteurs[note 9].
Chepseskarê a probablement aussi été mentionné dans l'Ægyptiaca, une histoire de l'Égypte écrite au IIIe siècle avant notre ère sous le règne de Ptolémée II par le prêtre égyptien Manéthon. Aucune copie de l'Ægyptiaca n'a survécu jusqu'à ce jour et il n'est maintenant connu que par des écrits ultérieurs de Sextus Julius Africanus et Eusebius. Africanus raconte que l'Ægyptiaca a mentionné la succession Néfercherès → Sisirès → Cherès → Rathurès au milieu de la Ve dynastie. Néfercheres et Cheres seraient les formes hellénisées de Néferirkarê et Néferkharê (c'est-à-dire Néferefrê), respectivement. Ainsi, Sisires est traditionnellement considéré comme le nom grec de Chepseskarê, ce qui fait que la reconstruction de la Ve dynastie par Manéthon est en bon accord avec la tablette de Saqqarah. De plus, selon Africanus, Manéthon attribue à Sisires sept années de règne alors que d'autres sources rapportent que le chiffre de Manéthon est de neuf ans[3].
Règne
[modifier | modifier le code]Position chronologique
[modifier | modifier le code]La position chronologique relative et les dates absolues du règne de Chepseskarê sont incertaines. La table de Saqqarah indique que Chepseskarê a succédé à Néferirkarê et a précédé Néferefrê, qui est devenu l'opinion traditionnelle des égyptologues[3].
Depuis les découvertes du début des années 1980, l'égyptologue tchèque Miroslav Verner avance l'hypothèse que Chepseskarê a succédé à Néferefrê plutôt que de l'avoir précédé[32]. À l'appui de cette hypothèse, Verner souligne d'abord la présence de plusieurs empreintes de sceaux d'argile portant le nom d'Horus de Chepseskarê Sekhemkaou (signifiant Celui dont les apparitions sont puissantes) dans la partie la plus ancienne du temple funéraire de Néferefrê, qui ne fut construit qu'après la mort de Néferefrê[33],[34]. Cela semble suggérer que Chepseskarê a régné après - plutôt qu'avant - Néferefrê[note 10],[16]. Le deuxième argument de Verner concerne l'alignement des pyramides de Sahourê, Néferirkarê et Néferefrê : elles forment une ligne pointant vers Héliopolis, tout comme les trois pyramides de Gizeh[35],[note 11]. En revanche, la pyramide inachevée de Chepseskarê ne tombe pas sur la ligne d'Héliopolis, ce qui suggère fortement que la pyramide de Néferefrê était déjà en place lorsque Chepseskarê a commencé la sienne[29]. Enfin, Verner observe que Néferefrê est connu pour avoir été le fils aîné de Néferirkarê[29] et a environ vingt ans lorsque son père est mort[36], il était donc en position optimale pour hériter du trône. Chepseskarê a donc très probablement pris le trône après Néferefrê. Comme le note Verner, alors que Chepseskarê est noté comme le prédécesseur immédiat de Néferefrê dans la table de Saqqarah, cette légère divergence peut être attribuée aux troubles (politiques) de l'époque et à ses disputes dynastiques[34].
À l'opposé de l'hypothèse de Verner, Massimiliano Nuzzolo a récemment suggéré que Chepseskarê a régné après Néferéfrê et Niouserrê. Pour étayer cette analyse, Nuzzolo avance trois arguments. Le premier repose sur une empreinte de sceau portant le nom d'Horus de Chepseskarê, découverte en 2022 dans une fosse servant de dépotoir creusée au sein du temple solaire de Niouserrê ; la fosse date visiblement du début de la VIe dynastie car les empreintes de sceaux retrouvées à l'intérieur datent des règnes de Djedkarê Isési (deux empreintes), Ounas (deux empreintes) et Téti (une empreinte)[37]. Nuzzolo fait remarquer que, bien que l'empreinte de sceau de Chepseskarê puisse être un objet intrusif ou un vestige appartenant à une phase d'occupation du temple antérieure à celle de Niouserrê, il est curieux que toutes les autres empreintes trouvées dans la fosse renvoient à des rois ayant régné après Niouserrê. Le deuxième argument concerne un véritable sceau-cylindre en pierre portant le nom de Chepseskarê, découvert in situ dans le temple solaire de Niouserrê par Ludwig Borchardt (sceau ÄM 16432), qui mentionne les noms du temple solaire et de la pyramide de Niouserrê, ce qui suggère que Chepseskarê a régné après Niouserrê[38]. Enfin, selon Nuzzolo, rien n'exclut que la stèle fausse porte de Ptahchepsès Ier, mentionnant les huit rois sous lesquels il a vécu (les noms des quatre derniers étant perdus), ait pu placer Chepseskarê après Niouserrê[22], et non avant comme le suggère Peter F. Dorman[20], qui le place entre Néferirkarê et Néferefrê, et Roman Gundacker[21], qui le place entre Néferefrê et Niouserrê. Pour Nuzzolo, ces différents éléments constituent des preuves suffisantes pour remettre sérieusement en question l'hypothèse de Verner[39].
Durée du règne
[modifier | modifier le code]Dans deux articles publiés en 2000 et 2001[40],[41], Verner soutient que, contrairement à ce qu'indique Manéthon, Chepseskarê a dû régner pendant quelques mois au plus, hypothèse déjà proposée par l'égyptologue français Nicolas Grimal en 1988[42]. La conclusion de Verner est basée sur les sources archéologiques, en particulier sur la pyramide de Chepseskarê à Abousir. Verner souligne que la progression de la pyramide, qui est inachevée, a été interrompue et correspond au travail de plusieurs semaines, peut-être pas plus d'un ou deux mois. En fait, l'endroit était simplement nivelé et l'excavation de la fosse pour la construction de l'appartement funéraire souterrain n'avait fait que commencer. De plus, le propriétaire du bâtiment a évidemment voulu démontrer par son choix de lieu (à mi-chemin entre la pyramide de Sahourê et le temple solaire d'Ouserkaf) sa relation soit avec Sahourê, soit avec Ouserkaf[43].
Contrairement aux autres rois de la Ve dynastie, le nom de Chepseskarê n'apparaît ni dans les noms personnels des gens de l'époque ni dans les noms des domaines funéraires[44],[45]. Il est également absent des titres et des biographies des représentants de l'État[46],[45]. Par exemple, la stèle du fonctionnaire Khaou-Ptah de la Ve dynastie énumère une séquence ininterrompue de rois qu'il a servis, à savoir Sahourê, Néferirkarê, Néferefrê et Niouserrê[47],[48]. L'omission de Chepseskarê, que ce soit entre Néferirkarê et Néferefrê ou entre Néferefrê et Niouserrê[47],[48], indique que son règne a dû être très court[33]. Comme l'Ægyptiaca de Manéthon date du IIIe siècle avant notre ère, le récit contemporain de Khaou-Ptah peut être considéré comme une indication plus précise de la situation politique sous la Ve dynastie.
Les arguments de Verner ainsi que la rareté des artefacts attribuables à Chepseskarê ont maintenant convaincu de nombreux égyptologues, tels que Darrell Baker et Erik Hornung, que le règne de Chepseskarê était effectivement éphémère[3],[49].
Généalogie
[modifier | modifier le code]Compte tenu de la rareté des sources concernant Chepseskarê, rien n'est connu avec certitude quant à ses liens de parenté avec ses prédécesseurs. Il appartenait très probablement à la famille royale[44][59], bien que l'on ne puisse totalement exclure l'hypothèse qu'il ait été un usurpateur sans lien de parenté avec ses prédécesseurs[60].
Silke Roth a émis l'hypothèse que Chepseskarê était le fils de Néferirkarê Kakaï et le frère de Néferefrê ainsi que de Niouserrê[50]. De son côté, Verner a d'abord suggéré que Chepseskarê était un fil de Sahourê ayant réussi à s'emparer brièvement du pouvoir après la mort prématurée de Néferefrê[43]. Cette théorie expliquerait la proximité entre la pyramide inachevée de Chepseskarê et celle de Sahourê. Elle est étayée par la découverte, en 2005 par Verner et Tarek El Awady, de bas-reliefs provenant de la chaussée du complexe pyramidal de Sahourê ; ces reliefs représentent le roi, son épouse Méretnebty et des fils du roi, dont les deux fils aînés, Rânéfer et Netjerirenrê[51]. Le relief attribue aux deux fils le titre de « fils aîné du roi », ce qui suggère qu'ils étaient peut-être jumeaux. Il indique également que Rânéfer est monté sur le trône sous le nom de Néferirkarê[51]. Verner et El Awady émettent donc l'hypothèse que, si Rânéfer et son fils Néferéfrê sont bien devenus rois, Netjerirenrê aurait pu tenter de s'emparer du trône à la mort de ce dernier. Dans ce scénario, Chepseskarê serait le nom de règne de Netjerirenrê[52]. Toutefois, Verner avait lui-même écrit en 1997 que Chepseskarê pouvait tout aussi bien être un fils de Chepseskaf (dernier roi de la IVe dynastie), d'Ouserkaf ou de Néferirkarê (comme le suggérait Roth) : les preuves concrètes sont si rares que toutes ces possibilités ne relèvent que de la spéculation[53].
Selon une autre hypothèse, suite à des découvertes faites dans les années 2010, Jaromír Krejčí et Verner considèrent que Chepseskarê pourrait être le fils de Néferéfrê[54],[55]. Verner ajoute que Chepseskarê pourrait être identique au prince Kakaibaef, dont la tombe a été découverte près de la pyramide de Néferefrê et juste à côté du mastaba attribué à la reine Khentkaous III, qualifiée de « mère du roi »[55].
Massimiliano Nuzzolo remet en cause la reconstruction généalogique de Verner car, d'une part, Kakaibaef est attesté également dans le temple funéraire de Niouserrê ; l'hypothèse Chepseskarê identique à Kakaibaef ne tient que s'il régna après et non avant Niouserrê. De plus, la proximité des mastabas avec la pyramide de Néferefrê n'est pas un argument définitif car plusieurs enfants de Djedkarê Isési ont été enterrés à Abousir et non à Saqqarah-Sud, lieu où se trouve la pyramide du roi, et plusieurs proches de Niouserrê (épouses, enfants), sont enterrés à proximité de la pyramide de Néferirkarê et non celle de Niouserrê. Nuzzolo ajoute que le corps retrouvé dans la tombe attribuée à Khentkaous III (bien que son attribution à la reine ne soit pas absolument certaine) est un corps de jeune femme (début vingtaine) mais que le matériel funéraire associé à cette tombe date plutôt des règnes de Niouserrê à Djedkarê. Ainsi, il est plus probable que cette reine soit en fait une épouse de Niouserrê, Menkaouhor, voire même Chepseskarê s'il est bien à placer chronologiquement entre Niouserrê et Menkaouhor. Nuzzolo rappelle d'ailleurs que les liens entre Niouserrê, Menkaouhor et Djedkarê, des rois pourtant bien mieux connus que Chepseskarê, sont encore obscurs ; il faut d'ailleurs rappeler que Khentkaous III est la seule reine connue portant le titre de « mère du roi » ayant vécu dans la deuxième moitié de la Ve dynastie[1].
Activités
[modifier | modifier le code]Temple solaire
[modifier | modifier le code]Kaplony a proposé que Chepseskarê commence à construire un temple solaire nommé Ḥtp-jb-Rˁ, en lisant Hotepibrê et signifiant « Satisfait est le cœur de Rê »[56]. Bien que tous les rois de la première moitié de la Ve dynastie, de Ouserkaf à Menkaouhor, aient construit des temples solaires, Verner considère que son hypothèse est spéculative car elle est basée sur une reconstruction provisoire d'un simple sceau en argile[45],[57]. Verner soutient d'abord que ce sceau n'est pas inscrit au nom de Chepseskarê mais porte plutôt les traces d'un nom d'Horus qui pourrait tout aussi bien être celui de Djedkarê Isési[note 12],[58]. Deuxièmement, Verner note que le nom d'un temple solaire se retrouve rarement avec celui du roi qui l'a construit : on le retrouve le plus souvent avec le nom d'un autre roi sous le règne duquel le sceau a été fait[58]. Enfin, il doute que le signe Ḥtp, Hotep, fasse réellement partie du nom d'un temple solaire. Au lieu de cela, il croit qu'il est plus probable que le sceau se réfère soit au temple du soleil de Néferirkarê, nommé St-jb-Rˁ.w, Setibraou ; soit à celui de Niouserrê, qui était appelé Šsp-jb-Rˁ, Shesepibraou[58].
Temple funéraire de Néferefrê
[modifier | modifier le code]Il est possible que Chepseskarê ait poursuivi la construction du complexe funéraire de son prédécesseur[3]. Comme Néferefrê est mort après un court règne, son complexe pyramidal était loin d'être terminé et ni la chambre funéraire ni le temple mortuaire n'avaient été construits[46]. La pyramide projetée fut ainsi transformée à la hâte en mastaba carré[46] représentant une colline primitive stylisée[46] et le temple mortuaire l'accompagnant fut achevé sous le règne de Niouserrê[59]. La présence de sceaux de Chepseskarê dans la partie la plus ancienne du temple mortuaire de Néferefrê pourrait indiquer que le premier y a également entrepris des travaux de construction[3]. Les preuves de ces travaux sont incertaines : ces sceaux auraient pu être placés sur des boîtes qui ont ensuite été déplacées dans les salles des magasins du temple. Par exemple, des sceaux d'Ouserkaf, de Sahourê et de Néferirkarê ont également été trouvés dans le temple, tandis que ces trois pharaons sont morts avant le règne de Néferefrê[60].
Sépulture
[modifier | modifier le code]Une pyramide inachevée située au nord d'Abousir, entre le temple solaire d'Ouserkaf et la pyramide de Sahourê, est supposée appartenir à Chepseskarê. La structure a été découverte en 1980 par une équipe archéologique tchécoslovaque dirigée par Verner[61] et semble avoir été abandonnée après seulement quelques semaines ou quelques mois de travail. Une surface carrée d'environ 100 m2 a été nivelée et le creusement d'un fossé en forme de T a été commencé en son centre[62]. Ce fossé devait être laissé ouvert pendant la construction de la pyramide pour permettre des travaux simultanés sur le remplissage de la pyramide et ses infrastructures. Cette technique de construction est commune à toutes les pyramides de la Ve dynastie et peut être directement vue dans le cas de la pyramide de Néferefrê, qui a également été laissée inachevée[62]. Cette technique ainsi que l'emplacement de la pyramide inachevée dans la nécropole royale de la Ve dynastie indiquent qu'elle appartenait en toute probabilité à Chepseskarê[62], les pyramides des autres rois de la Ve dynastie étant déjà connues. Si elle avait été terminée selon le modèle établi, la pyramide aurait atteint 73 m de haut, comme la pyramide de Néferirkarê[63]. La disparition soudaine de Chepseskarê aurait donc stoppé net les travaux et de fait aucun indice ne permet de déterminer avec certitude que le roi y fut finalement inhumé.
En analysant les fragments de sceaux d'argile portant le nom de Chepseskarê, l'égyptologue suisse Peter Kaplony a proposé que l'ancien nom de la pyramide de Chepseskarê puisse être Rsj-Špss-kȝ-Rˁ, soit Resi-Chepseskarê et signifie « Le réveil de Chepseskarê »[64]. Verner rejette cette hypothèse et conteste la lecture de certains signes et leur interprétation comme le nom d'une pyramide[65],[66],[34].
Titulature
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- 1 2 En termes de chronologie absolue, la détermination de dates exactes de début et de fin de règne est un exercice périlleux du fait de l'ancienneté du règne, plusieurs chercheurs ont fait chacun des propositions ; on trouve par exemple :
- 2465 à 2460 AEC selon R. Krauss,
- 2483 à 2475 AEC selon D. B. Redford,
- 2438 à 2431 AEC selon J. von Beckerath,
- 2455 à 2448 AEC selon Shaw,
- 2438 à 2431 AEC selon Allen,
- 2425 à 2418 AEC selon Málek,
- 2363 à 2362 AEC selon Dodson.
- ↑ Le sceau est maintenant au musée égyptien du Caire sous le numéro JE 45041.
- ↑ Le sceau est maintenant dans la collection G. Mikhailides.
- ↑ Le sceau est maintenant au Musées d'État de Berlin sous le numéro ÄM 16432.
- ↑ Le sceau est maintenant au Musée Petrie d'archéologie égyptienne sous le numéro UC 30059.
- ↑ Les sceaux sont maintenant au Musées d'État de Berlin sous les numéros ÄM 16277 et ÄM 203888.
- ↑ Le sceau est maintenant au Musées d'État de Berlin sous le numéro ÄM 20396.
- ↑ La lacune se situe sur la quatrième colonne, numéros 18 à 22[29]. À cause de cette lacune, il est impossible de savoir où devait être écrit le nom de Chepseskarê.
- ↑ Par exemple, il a été proposé comme durée de règne pour roi de la ligne 21 : un an[30], onze ans[31] ou un à quatre mois[29].
- ↑ Trois faits sont proposés concernant ces sceaux :
1) ils ont été trouvés dans un temple construit après la mort de Néferefrê, donc les sceaux ont été placés après la mort de Néferefrê.
2) Ces sceaux n'existent que si Chepseskarê est déjà roi lors de leurs dépôts dans le temple de Néferefrê.
3) Les sceaux ont été trouvés dans la partie la plus ancienne du temple, or le temple a été terminé par Niouserre. L'explication la plus simple proposé par Verner basée sur ces faits est que Chepseskarê a vécu après Néferefrê, et a placé des offrandes (dans des boites portant ses sceaux) dans le temple de Néferefrê, qui était encore en chantier. En résumé, Verner voit Chepseskarê construisant quelques parties du temple de Néferefrê, placant ses sceaux, puis étant décédé c'est Niouserrê qui finit le temple. - ↑ Heliopolis est le siège du temple de Rê, qui est le centre religieux le plus important de l'époque[35]. Le temple est visible d'Abousir et de Gizeh[36] est probablement situé où les lignes d'Abousir et de Gizeh se croisent[35].
- ↑ Le nom d'Horus de Djedkarê Isési est Djedkhau.
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 Nuzzolo 2024, p. 407-411.
- ↑ von Beckerath 1999, king number 4, p. 56–57.
- 1 2 3 4 5 6 Baker 2008, p. 427–428.
- ↑ Altenmüller et Redford 2001, entry "Fifth Dynasty", p. 597–601.
- ↑ Kaplony 1981, A. Text p. 289–294, 315 et B. Tafeln, 8l-82 et 86.
- 1 2 3 Verner 2000, p. 584–585 & fig. 1 p. 599.
- 1 2 3 Nuzzolo 2024, p. 399-407.
- ↑ Daressy 1915, p. 94.
- ↑ Verner 2000, p. 582-583.
- 1 2 3 Verner 2000, p. 583.
- ↑ Nuzzolo 2024, p. 406-407.
- 1 2 3 Verner 2000, p. 582.
- ↑ Nuzzolo 2024, p. 404-406.
- ↑ Verner 2000, p. 584-585.
- ↑ Nuzzolo 2024, p. 403-404.
- 1 2 Verner 2000, p. 585.
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- 1 2 3 Verner 2001, p. 396.
- 1 2 Dorman 2002, p. 95-110.
- 1 2 Gundacker 2016, p. 74-79.
- 1 2 Nuzzolo 2024, p. 409 et 411-414.
- ↑ von Beckerath 1999, p. 56-57.
- ↑ (en) « Shepseskara », sur Pharaoh.se
- ↑ Breasted 1906, § 60, p. 40.
- ↑ Málek 1982, p. 21–28.
- ↑ Verner 2000, p. 581.
- ↑ Verner 2000, p. 581–582.
- 1 2 3 4 Verner 2000, p. 587.
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- ↑ Verner 2000.
- ↑ Verner 2001.
- ↑ Grimal 1988.
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