Abbaye du Moutier
| Abbaye du Moûtier | |||
| Présentation | |||
|---|---|---|---|
| Type | Ancienne abbaye | ||
| Rattachement | anciennement: Abbaye de Cluny | ||
| Début de la construction | XIe siècle | ||
| Fin des travaux | XVIIIe siècle | ||
| Style dominant | Roman | ||
| Protection | |||
| Géographie | |||
| Pays | |||
| Région | Auvergne-Rhône-Alpes | ||
| Département | Puy-de-Dôme | ||
| Ville | |||
| Coordonnées | 45° 51′ 26″ nord, 3° 32′ 54″ est | ||
| Géolocalisation sur la carte : Puy-de-Dôme
Géolocalisation sur la carte : France
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L’abbaye du Moûtier est une ancienne abbaye bénédictine, située à Thiers dans le département du Puy-de-Dôme. La date exacte de sa fondation est inconnue mais sa première mention écrite (1011) indique qu’elle est présente dès le début du XIe siècle. L’abbaye se situe dans le quartier bas de la ville de Thiers nommé « le Moûtier » sur la rive gauche de la Durolle, au pied d'un éperon rocheux sur lequel fut fondée la cité médiévale de Thiers. L’abbaye est liée et accolée à l'église dédiée à Saint-Symphorien depuis au moins l’an mil. Elle a été inscrite aux Monuments historiques en 2006.
Le nom « Moûtier » est issu du nom médiéval « moustier » voulant dire « monastère ».
Localisation
[modifier | modifier le code]L’abbaye est localisée dans le département français du Puy-de-Dôme, sur la commune de Thiers. Cette zone correspond au passage et débouché de la rivière Durolle depuis les contreforts du Forez dans la plaine de la Limagne. Le quartier du Moûtier est un haut-lieu de l’histoire thiernoise depuis le début du XIe siècle, voire dès l’époque carolingienne.
Utilisation actuelle
[modifier | modifier le code]L’abbaye du Moûtier est une propriété privée ouverte au public en juillet et août. Des visites guidées de l’extérieur et de l’intérieur sont possibles sur réservation. L’abbaye fait partie de « La Route Historique des Châteaux d’Auvergne », association de propriétaires de domaines et châteaux.
Histoire
[modifier | modifier le code]Origines
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La période exacte de l’installation d’un monastère, dans le secteur bas de Thiers, n’est pas connue. De même, la mise en lumière en 2022[2] d’un établissement fortifié de hauteur à l’est de la ville, identifié comme le potentiel Thigernum Castrum, a profondément bouleversé les origines de Thiers jusque-là localisées dans le quartier du Moûtier[3]. Vers 580, Grégoire de Tours mentionne dans un de ses textes hagiographiques, la présence d’une église en bois dans le castrum de Thiers, dédiée à saint-Symphorien, détruite et brûlée vers 530, lors de l’attaque des troupes franques de Thierry Ier[4]. L’évêque de Tours précise qu’elle est ensuite reconstruite, vraisemblablement en dur, au même emplacement dans l’emprise de la forteresse. Est-ce qu’un monastère s’est installé par la suite, à côté de l’église et dans le castrum, dont la fonction et le rôle local a peut-être évolué au cours du temps ? Cette hypothétique installation aurait pu se passer à la fin de l’époque mérovingienne (VIe – VIIe siècle) ou durant l’époque carolingienne (VIIIe – Xe siècle). Le transfert des reliques de Symphorien d’Autun de l’église du castrum vers le site de plaine actuel, pour former le complexe religieux (abbaye et église), s’est déroulé à une période inconnue qu’on peut raisonnablement situer entre le VIIe et le Xe siècle.
Les écrits qu’on retrouve parfois dans certains ouvrages, indiquant la fondation du monastère au VIIIe siècle et les attaques de ce dernier par les sarrasins sont peu fiables et ne relèvent d’aucune source probante[5].
Abbaye bénédictine sous l’ordre de Cluny
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Ce n’est qu’au début du XIe siècle que l’église du Moûtier et son abbaye sont citées pour la première fois[6]. En 1011, l'abbaye passe sous le contrôle de l'abbaye de Cluny et adopte la règle bénédictine. Cette date correspond à la première phase de construction de l’église (XIe siècle) que certains historiens identifient comme de style préroman. C’est donc avec certitude que le complexe religieux est en place vers l’an mil, composé de l’abbaye (cloître, réfectoire, dortoir, chambrerie, cuisine…) et de son église romane dédiée à Symphorien d’Autun. Le monastère et son église commencent à décliner dès la fin du Moyen Âge comme le suggère l’historien Alexandre Bigay[5]. En effet, ce dernier pense que le déclin commence dès que la ville de Thiers est cédée au comte du Forez en 1301. Les droits, privilèges et subventions des seigneurs de Thiers envers le monastère ne feront que diminuer jusqu’au XVIIIe siècle.
Toujours d’après Alexandre Bigay, l’abbaye comptait 24 moines et un abbé en 1332, 8 en 1618, ils ne sont plus que deux en 1751 et à la fin du XVIIIe siècle, l’abbaye semble complètement désertée.
Au XVe siècle, des travaux sont vraisemblablement menés car des traces architecturales de cette époque sont encore visibles dans le logis abbatial ou châtelet notamment au niveau de l’escalier à vis et des salles voutées[7].
Le saccage de l’abbaye par les Huguenots
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En 1568, l’abbaye, ainsi que l’église sont endommagées par un incendie, suite au passage des huguenots[8]. Un procès-verbal du 12 janvier 1568 fait le constat tragique du pillage et des destructions de l’abbaye et de l’église du Moûtier par les huguenots :
« Aujourd’hui 12e jour de janvier mil cinq cent soixante huit, au-devant de l’abbaye du Moûtier de Thiers, heure du matin, par devant nous, Gilbert Montanier garde de la prévôté, bailli et juge ordinaire es justice de la dite abbaye, est comparu aux présentes le procureur d’office des dites justices ensemble religieuse personne Dom Michel Brosse, prieur claustral et chambrier de la dite abbaye, lesquels nous ont dit et remonstré que les jours de vendredi, samedi et dimanche, 2, 3, 4 janvier 1568, survinrent et parurent les troupes et forces des ennemis du Roi notre sire et de l’église catholique, appelés huguenots, sous les charges et régiments des seigneurs, vicomte de Brouquet, Movans et autres jusqu’au nombre de quinze mille hommes de cheval et de pied, et logèrent les dits jours tant à la ville de Thiers que es faubourgs et environs d’icelle et en ladite abbaye, durant lesquels furent plusieurs pilleries et rançonnements de tous les dicts habitants es dite ville et Faulbourgs et abbaye du Moûtier, prinrent et emportèrent tous les biens des dites églises, temples et chapelles et des maisons de tous les prêtres et autres gens ecclésiastiques des dites lieux et paroisses, ce qui fut fait par plusieurs boute-feux et soldats, incendièrent, firent brusler, ruiner, abattre et du tout desmolir tous les sacrés temples monastères des dites églises et chapelles des dites villes et faulsbourgs et abbayes, manse et entre autres toute l’abbaye et monastère de Thiers, tant église, chapelles, clochiers, cloistres, dortoir, cuisine et réfectoire des religieux et couvent et autres maisonnages et édifices y estant, que aussi la propre maison abbatiale de Monseigneur l’abbé du dit Thiers, pressoirs greniers et tous autres édifices en dépendant sans y avoir rien laissé en son entier qui puisse valoir et servir que partie des murailles de l’abbaye, et encore la plus grande partie d’icelle à cause du grand feu qui y fust tout rompues et bruslées sur lesquelles on ne pourrait bastir en assurance, tout le meuble tant dédié au service et culte divin de l’église et chapelles que celui des seigneurs abbé, religieux et couvent, tant dorés que aultres images, reliquaires et autres choses enlevées, espoliées, ravies, prinses, bruslées ou rompues par les ennemis. »

L’acte relate également des déclarations de témoins :
« … les second, tiers et quatrième jours du présent mois survinrent inopinément et d’emblée et logèrent es dite ville, faulxbourgs et paroisse de Thiers et aussi en la dite abbaye et paroisse d’icelle les troupes, bandes et compagnies des ennemis cy devant nommés jusques au nombre de douze ou quinze mil hommes de cheval ou de pied, par lesquels es mains hostilités furent faictes et commises, plusieurs pilleries, sacagements et rançonnement, mesme furent toutes les églises, chapelles et lieux dédiés et destinés au service de Dieu, pillés ; tout ce qui était dedans enlevé, espolié et emporté et après, le feu mis es dictes églises et icelles bruslées et desmolies, ou la plupart de tous les biens des religieux, prêtres, chamoines et serviteurs d’églises bruslés, pillés et emportés, et entre autres fut toute l’abbaye et monastère de Thiers, tant église, chapelles, cloître, couvent que maison abbatiale aussi pillée de tous les meubles tant reliquaires, livres que autres.
Et après ce qui ne pouvait s’emporter comme cloches, ymages, meubles de bois, caves, tonneaux, chaslits et autres mesnages, ensemble tous les édifices et bastiments des maisons abbatiales, couvent église, réfectoire et autres maisons, bastiments et édifices dépendants de l’abbaye mis en feu et en cendres, les cloches fondues et rompues, thuiles et ardoises rompues et desmolies, de manière que n’en est demeuré aucune chose qui puisse servir soit planches, portes ou fenestres que les seules murailles, la plupart desquelles encore sont bruslées de la grande chaleur du feu, les pierres et murailles fondues et rompues. Ont dit savoir tout ce qui dessus pour ainsi l’avoir vu. »

Une petite partie du mobilier a pu tout de même être récupéré comme le démontre la fin du procès-verbal. Le pillage a été suivi de transactions entre les habitants et les soldats huguenots, les premiers rachetant les objets aux seconds. Le texte indique que les recéleurs ont été menacés par la justice et que l’on a fait appel à la délation pour récupérer le mobilier.
« Messeigneurs abbé et religieux à tous les manans et habitants des dites justices qui auront aucuns meubles de l’abbaye soit par l’achat qu’ils ayent fait des soldats des compagnies ou qu’autrement soient venus en leurs mains et puissance dès et despuis le passage des compagnies, ou sauraient aucuns en avoir et estre saisis, les venir rendre, révéler et déclarer ès mains de notre greffier dans mercredy prochains pour les prix et sommes des deniers par lesquels ils les auraient achetés sur peine d’amende arbitraire contre chacun des recéleurs et de tous dépens dommaiges et intérest pour ce fait, ou le jour passé y estre pourveu ainsy qu’il y appartiendra par raison. »
Des travaux de réparation sont vraisemblablement réalisés, au moins partiellement, à la suite de ces guerres de religion. Des textes de 1624 et de 1679 décrivent l’église du Moûtier comme grandement ruinée indiquant aussi que le monastère accolé est en déclin par manque de moyen financier pour entretenir et réparer son église Saint-Symphorien. En 1669, une dissolution de la communauté religieuse est prononcée devant notaire mais ne semble pas avoir été appliquée, car un nouveau prieur y est nommé l’année suivante.
L’agonie de l’abbaye : XVIIe – XVIIIe siècle
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Deux documents (mémoires et quittances) de 1679 et 1693 permettent de connaître les réparations réalisées sur l’abbaye et l’église notamment suite aux saccages des huguenots[9]. Les réparations concernent toutes les parties des bâtiments du complexe religieux : chœur de l’église, logis abbatial, cloître, dortoir, chambre, réfectoire, halles, mobilier religieux, vitres et vitraux... Les toitures sont réparées notamment avec de nouvelles tuiles, les égouts de la cuisine remis en service, les fondations de la muraille sont reprises et l’intérieur des pièces de vie est blanchi au lait de chaux. Ces travaux se sont faits sous la contrainte notamment par le Procureur général de Cluny qui force les luminiers à réaliser cette réfection globale en engageant un procès au Grand Conseil. Ceci aura pour conséquence de plonger la communauté religieuse du Moûtier dans les dettes, ce qui engendrera la dispersion inéluctable de ses membres.

En 1707, une crue catastrophique ravage les bâtiments de l’abbaye et une partie de l’église[7]. Très peu de travaux sont réalisés aussi bien sur l’abbaye que sur l’église suite à cette crue, si bien que le complexe religieux du Moûtier est en grande partie ruiné et abandonné en ce début du XVIIIe siècle. Le logis abbatial est tout de même refait et réaménagé comme le prouve aujourd’hui les structures du châtelet : la partie médiévale est redécorée et une aile est construite au nord au cours du XVIIIe siècle.
Un extrait du P.V. dressé devant notaire en décembre 1707, répertoriant les dégâts subis par l'abbaye, nous permet de mieux évaluer la configuration des lieux et les dégradations.
« (...) premièrement le dégât commença par l'enlèvement d'un terrain soutenu de 12 à 15 gros arbres qui défendait l'abbaye de l'inondation, et une vigne de la contenance de 25 œuvres, desquelles la rivière en a emporté 3 œuvres, et une forte et grosse muraille qui servait de garde à la maison des religieux, ladite muraille appelée la chambrerie ; le tout fut emporté ; et la rivière ayant pris son cours à l'endroit où étaient la vigne et la chambrerie, toute la force de l'eau alla donner contre une arrière-cuisine où il y avait le four, et qui servait de paneterie, ladite arrière-cuisine de la largeur et longueur de 20 pieds, une cuisine à côté, voûtée et à plain-pied ; le réfectoire large de 20 pieds et long de soixante a été entraîné par l'eau, et il n'en reste aucune marque qu'une cheminée, et l'eau a pris son cours à l'endroit où était le bâtiment ; au-dessus étaient des chambres et dortoir desquels il ne reste aucune apparence. Au dernier de la maison de la chambre, il y avait un jardin et un grand passage voûté qui servait pour aller dans les cuisines, réfectoire et jardins ; il n'en paraît aucune marque. Plus a été emportée une partie d'un cuvage voûté et une partie d'une chambre au-dessus jusques au couvert, lequel est si fort endommagé que personne n'ose hasarder de monter dessus pour aller quérir les tuiles qui ne sont soutenues que par une poutre qui ne tient que d'un côté. Avons remarqué que la chute des bâtiments a fait entr'ouvrir les cloîtres en plusieurs endroits, ce qui emportera infailliblement tout le reste de la maison. Plus, il paraît encore que l'église quoique éloignée de 50 pas de la rivière a toujours restée mouillée depuis l'inondation. La force de l'eau qui venait avec impétuosité par dessous, a enlevé une grande et grosse pierre qui était un tombeau d'un particulier dans la nef de l'église ; et dans une chapelle qui est à côté du chœur, élevée d'un demi-pied plus que la nef, elle a aussi enlevé un autre tombeau. Tous ces dégâts ne peuvent se réparer (les choses en l'état qu'elles étaient) à moins de 12 000 livres ou environ. Mais à présent pour empêcher que le peu de bâtiments qui a resté ne soit entraîné par la rivière qui a changé son cours ordinaire, on estime qu'il faut faire une longue et forte digue d'entour 200 toises pour remettre la rivière. »

En 1782, le pape Pie VI supprime l’abbaye du Moûtier ce qui arrête définitivement et officiellement l’activité du monastère, sûrement déjà actée concrètement depuis plusieurs années en raison de l’état de ruine, tant financier que structural, du complexe religieux. À la révolution, tous les biens de l’abbaye sont vendus comme biens nationaux. En 1801, suite au concordat, l’église du Moûtier devient paroissiale[10].
Réutilisation et travaux aux XIXe – XXe siècle
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A la fin du XIXe siècle, l’église est en très mauvais état et menace de s’écrouler (collatéral nord en partie écroulé vers 1880). La municipalité et le département s’unissent pour sauver l’édifice religieux. En 1882 et 1883, d’importants travaux sont réalisés sur le complexe religieux. Ils vont amputer le chœur primitif de l’église, abaisser la voûte de sa nef et créer une nouvelle rue entre l’abbaye et l’église, aujourd’hui avenue Joseph Claussat[11]. Les vestiges abbatiaux accolés à l’église où passe la nouvelle rue seront définitivement et irréversiblement détruits (cloître, couvent…).
La création de cette route, menant au secteur appelé « Vallée des Usines », a provoqué la séparation des biens en deux parties. Le logis abbatial et ses bâtiments annexes deviennent privés. Au milieu du XIXe siècle et en 1904, deux galeries sont ajoutées sur le logis abbatial entre les deux tours. En parallèle de ces travaux, les parties hautes et la couverture sont également refaites.
Classement
[modifier | modifier le code]Depuis le 27 septembre 2006, le logis abbatial (châtelet) ainsi que l'église, sont inscrits au titre des Monuments historiques.
Architecture et configuration
[modifier | modifier le code]Armorial de Revel
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Sur le dessin de l’armorial de Revel datant du milieu du XVe siècle, l’abbaye et l’église du Moûtier sont dessinées à droite des blasons seigneuriaux[12]. L’aspect de l’abbaye apparait bien différent des parties actuelles visibles au Moûtier. Premièrement, l’église présente une entrée gothique monumentale avec un clocher carré centré sur le narthex. Le châtelet ou logis abbatial, avec ses deux tours massives, ne semble pas exister au milieu du XVe siècle. L’abbaye est entourée d’un mur haut la protégeant dans un espace clos intra-muros. Une entrée discrète est visible sur la gauche et trois bâtiments à étages d’aspect résidentiel forment le complexe abbatial.
L’armorial de Revel présente également le blason de la puissante famille De Lalière, ayant fourni deux abbés du Moûtier de Thiers au XVe siècle. Le blason indique le nom de l’abbé, De Laliere abbé de Tihert, l’écusson est le suivant : d’azur au lion d’argent – l’écu posé sur une crosse.
Tableau « Apparition de Saint Genest à Saint Étienne de Grandmont » - XVIIe siècle
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Un tableau restauré vers 2015 représente l’apparition de Saint Genest à Saint Étienne de Grandmont, ce dernier a été peint vraisemblablement au XVIIe siècle (collection Musée de la Coutellerie[13]). Il montre la ville fortifiée de Thiers avec ses divers quartiers et monuments. On y distingue parfaitement l’abbaye et l’église du Moûtier au pied de la ville. Sur cette peinture, l’abbaye et l’église semblent former un tout avec une façade commune entre le châtelet et le narthex de l’église Saint-Symphorien. Absent sur le dessin de l’armorial de Revel, le châtelet ou logis abbatial est bien représenté au XVIIe siècle.
Configuration au début du XVIIIe siècle
[modifier | modifier le code]Le procès-verbal de 1707, écrit lors des dégâts suite à la crue catastrophique de la Durolle, ainsi que l’acte de prise de possession de l'abbé Germain Châteigner de la Châteigneraye de 1742, permettent de déterminer en partie la configuration générale de l'abbaye.
La grande majorité des bâtiments de l’abbaye se situait au nord de l’église. Un grand jardin touchait le logis abbatial (châtelet) en s’étendant vers l’est. Un petit pré est signalé en bas du jardin, proche de la Durolle. Les bâtiments utilitaires et religieux (cloître, réfectoire, dortoir, chambrerie, cuisine et arrière-cuisine) étaient alignés parallèlement à l’église, à l’emplacement de l’actuelle avenue Joseph Claussat. La chambrerie se situait vraisemblablement entre le jardin et la rivière. Le verger était quant à lui au niveau de l’actuelle cure (aujourd’hui occupée par une communauté de religieuses) et de son jardin potager. L’emprise au sol de l’ensemble de l’ancien complexe religieux (abbaye, bâtiments annexes, église, jardin, pré, verger…) représente environ un hectare de surface.

Le château ou châtelet est constitué d’un corps de bâtiment encadré par deux tours massives rondes positionné à l’ouest du complexe. Les deux tours n’ont été reliées que tardivement par les deux étages de galeries en bois. Une lithographie datée de 1838 montre l’aspect du châtelet avant la mise en place des galeries reliant les deux tours. Ce bâtiment emblématique du Moûtier n’est pas dessiné sur la représentation de Guillaume Revel réalisée vers 1450, et confère un aspect fortifié et ostentatoire à l’abbaye. En 1925, Louis Bréhier décrit l’intérieur comme « une grande cour entourée de constructions d'aspect assez pauvre avec au rez-de-chaussée plusieurs portes surmontées d'arcs en accolade »[11].
Le logis dispose d'une élégante décoration intérieure Louis XVI ainsi qu’une cheminée monumentale et un imposant escalier à vis.
Galerie
[modifier | modifier le code]- L'abbaye du Moûtier et ses dépendances prise du parc de l'Orangerie
- Galeries en bois ajoutées sur la façade
- Le châtelet ou logis abbatial
- Ancienne dépendance de l'abbaye.
- Canonnière ou bouche à feu à l'entrée.
- L'entrée principale de l'abbaye à gauche et l'église à droite, de nuit.
- Le châtelet vers le début du XXe siècle.
- Paysans, jour de marché ou foire.
- La façade ouest de l'église.
- Blason de l'abbé du Moutier (De Lalière) - armorial de Revel (XVe siècle).
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Notice no PA00092430, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ Martinez, Chabert et Mosnier 2022.
- ↑ Martinez 2024.
- ↑ Grégoire de Tours 2020.
- 1 2 Bigay 1934.
- ↑ Baluze 1708.
- 1 2 Région Auvergne Rhône Alpes, « Abbaye du Moûtier ».
- ↑ Valaude 1995.
- ↑ Valaude 1998.
- ↑ Favyé 2024.
- 1 2 Bréhier 1924.
- ↑ de Boos 1998.
- ↑ [vidéo] Ville de Thiers, « Apparition de Saint Genest à Saint Étienne de Grandmont (tableau) », sur YouTube.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Dany Hadjadj, Pays de Thiers : le regard et la mémoire, Thiers, , 592 p.
- Étienne Baluze, Histoire généalogique de la maison d'Auvergne justifiée par chartes, titres, histoires anciennes & autres preuves authentiques, vol. 2, Paris, Dezallier,
- Dom Beaunier, Abbayes et prieurés de l'ancienne France, vol. 5, Bourges, Abbaye de Ligugé,
- Alexandre Bigay, L'abbaye du Moutier – essai historique, Société d'Études Locales de Thiers,
- Louis Bréhier, « Église du Moûtier », Congrès archéologique de France, vol. LXXXVII,
- Alexandre Bruel, Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. 3, Paris, Imprimerie nationale,
- Hugues Du Tems, Le clergé de France, vol. 3, Paris, Brunet,
- Victor Favyé, Huit jours à Thiers, Éditions des régionalistes, (1re éd. 1920)
- Grégoire de Tours (trad. L. Pietri), La gloire des martyrs, Paris, Les Belles Lettres,
- Hubert Jacqueton, Études sur la ville de Thiers, Paris, Alphonse Picard et fils,
- Damien Martinez, Sandra Chabert et Laurent Mosnier, « Le castrum Thigernum retrouvé ? Nouvelles recherches sur les origines de Thiers (Puy-de-Dôme) », Bulletin du centre d'études médiévales d'Auxerre, no 26.2, (ISSN 1623-5770, DOI 10.4000/cem.19713)
- Damien Martinez, « Thiers – Les Millières », Rapport de prospection thématique et de sondages, (ISSN 2114-0502)
- Adolphe Michel, L'ancienne Auvergne et le Velay. Histoire, archéologie, mœurs, topographie : Atlas, vol. IV, Moulins–Clermont-Ferrand,
- Paul Valaude, « Les Huguenots à Thiers », Le Pays thiernois et son Histoire, no 21,
- Paul Valaude, « L'abbaye du Moûtier à Thiers ; documents inédits », Le Pays thiernois, no 23,
- Emmanuel de Boos, L'armorial d'Auvergne, Bourbonnois et Forestz de Guillaume Revel, , 3 volumes (BNF 37002234) : vol. I : Études et commentaires, 658 p. vol. II : Atlas et planches, 395 p. vol. III : Plan de montage, arbres généalogiques et cartes, 48 p.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressources relatives à l'architecture :
- Ressource relative à la religion :
- * Site officiel de l'abbaye, sur le site de la route des châteaux d'Auvergne
- Vidéo sur le tableau "Apparition de Saint Genest à Saint Étienne de Grandmont"