Charles Atangana, au milieu
N� vers 1883 � Yaound�, Charles Atangana fut le dernier grand chef des Ewondos. A 10 ans, il est envoy� � Kribi aupr�s des Missionnaires Catholiques pour apprendre l�allemand et il sera plus tard le 1er Ewondo � �tre baptis�.
Marie Th�r�se Assiga Ahanda dresse une minibiographie de ce personnage qui restera � jamais un vrai h�ro national dans le coeur des camerounais.
Charles Atangana est n� en 1883, d'Atangana Essomba et de Ndongo Edoa. Vers l'�ge de 6 ans, il perd son P�re. En 1895, le petit Charles Atangana sera t�moin des massacres des Mvog Ottou lors de la r�bellion d'Omgba Bissogo � Mvog Betsi, ce sont les premi�res impressions p�nibles qui forgeront son souci, son sens de m�diation et de r�conciliation. En effet, apr�s une br�ve victoire surprise d'Omgba Bissogo, Zimmermann s'est lanc� dans une exp�dition punitive, avec le secours de Bartsch - et de Muller. Le petit Atangana est traumatis� de voir le vieil Omgba Bissogo, homme extr�mement fier et redout�, s'humilier en venant se constituer prisonnier au poste de Yaound� afin d'arr�ter les massacres.
En 1896, son oncle Essomba Ngonti le confie au Major Dominik avec son cousin Tsoungui Akoa � la demande de l'Administrateur allemand qui veut former les premiers cadres Ewondo - ils sont 4 petits gar�ons Ewondo, dont Martin Tabi Nnana de Mvog Ada - et Michel Onana. Charles Atangana rejoindra les trois autres partis six mois plus t�t � Kribi � l'Ecole des P�res Pallotins. Il est en compagnie du Major Dominik qui doit prendre le bateau pour un s�jour en Allemagne. Tr�s vite, il rattrape les autres, et non seulement il est premier de sa classe, mais il recevra aussi le bapt�me le premier. Vers la fin de l'ann�e 1899, les �tudes sont brutalement interrompues par la r�volte des Bulus qui envahissent Kribi. L'Ecole et la Mission sont saccag�es; le petit Atangana se r�fugie avec les P�res Pallotins � Douala - Il les convainc d'aller s'installer � Yaound� o� les populations sont plus hospitali�res.
Au mois d'Ao�t de l'ann�e 1900, il est appel� � Victoria par le Chef de poste lui-m�me pour servir d'interpr�te aux 500 otages Bulus qui venaient de d�barquer comme travailleurs exig�s, en repr�sailles de la r�volte sanglante de 1899. Charles Atangana s'acquitte bien de cette t�che pendant 6 mois, tout en apprenant parall�lement le m�tier d'infirmier. Puis il est appel� � Bu�a, Si�ge du Gouvernement, pour �tre initi� au jeu plus subtil de 'Clerc en �criture dans les bureaux'. Ainsi durant son s�jour � Victoria et � Bu�a, Charles Atangana aura �t� successivement ou parall�lement interpr�te - Infirmier - Clerc - et m�me Employ� des douanes.
C'est �galement � Bu�a qu'il va �pouser en premi�res noces Marie Biloa, une fille Yanda de Mekumba, un peu plus �g�e que lui, qui vivait maritalement avec un fonctionnaire allemand. Le mariage a lieu � l'Eglise d'Engelbert. De cette union na�tront deux enfants : Jean Ndengue Atangana et Catherine Edzimbi Atangana. En 1901, Charles Atangana effectue un s�jour � Yaound�; c'est l'occasion de concr�tiser la proposition faite aux P�res Pallotins qui sont d�j� � Yaound� � l'instigation des anciens �l�ves de Kribi, - Charles Atangana demande aux siens de leur donner du terrain pour y cr�er une mission dans le village m�me de son p�re, sur la colline de Mvoly�. Charles Atangana est bien loin d'imaginer que pendant son s�jour � Yaound�, l'Obert Lieutenant Scheunneman avait discr�tement organis� une enqu�te sur lui. Ainsi au d�but de l'ann�e 1902, quand il s'appr�te � rentrer sur Bu�a, ce dernier le maintient � Yaound� en lui avouant qu'il y sera plus utile.
Il en fait l'Interpr�te officiel en remplacement de son cousin Jean Tsoungui Akoa. Et en 1904, quand le Major Hans Dominik revient comme Chef de Poste � Yaound�, il est heureux de retrouver parmi les plus d�vou�s de ses subordonn�s et le premier de ses sous-ordres, Charles Atangana qu'il avait lui-m�me recommand� huit ans plus t�t au R�v�rend P�re Schwab � Kribi. Ainsi prot�g� par Hans Dominik et par les Missionnaires, Charles Atangana est le symbole de l'Evolu� r�ussi - Dominik lui demande de l'accompagner dans ses tourn�es en brousse - Et Charles Atangana revivra les sc�nes de l'enfance avec la r�volte des Manguissas. Il s'offre en m�diateur pour arr�ter les massacres. Le Chef Manguissa accepte la n�gociation, cette victoire le consacre d�finitivement dans le r�le � combien d�licat d'Intercesseur et N�gociateur.
Il accompagne Dominik dans les exp�ditions militaires de l'Est, et participe � la fondation des villes de Bafia, Abong-gbang, Yokadouma, Mouloudou. Il accompagne aussi Dominik vers le Nord o� ils cr�ent les poste de Yoko, Berberati, Meiganga, Ngaound�r�, Garoua, Maroua, qui deviendront autant de villes. Dominik avait promis de l'envoyer en Allemagne, mais il meurt le 16 Novembre 1910 avant d'avoir concr�tis� cette promesse, laissant Charles Atangana dans la tristesse, et c'est Hern Kirchof qui aidera � la r�alisation de ce projet.
Au mois de f�vrier 1911, Charles Atangana est nomm� Chef Supr�me des Ewondos et Bene. Il est pl�biscit� par toutes les populations de Yaound� apr�s une Assembl�e de Notables. Son intronisation se fera au cours d'une grandiose c�r�monie traditionnelle � Mvoly�. En Juin de la m�me ann�e, une lettre vient de Bu�a annon�ant que 'l'Universit� de Hambourg' demande un intellectuel Ewondo pour aider le Professuer Von Heepe dans l'�tude, la transcription et l'enseignement de la langue Ewondo. Charles Atangana est tout indiqu�. Ce sera son premier voyage en Allemagne. Il y s�journera un an et les travaux seront r�unis en un document intitul� 'Yaound� Text' en Ewondo et en Allemand.
Quand Charles Atangana rentre � Yaound� au courant de l'ann�e 1912, rien ne sera plus comme avant. De grands projets d'Urbanisme, d'Am�lioration de l'Habitat indig�ne et du niveau de vie, en un mot de la modernisation du pays Ewondo sont d�j� latents en lui.
Il commence cette m�me ann�e la construction de son Palais style proven�al avec un grand escalier ext�rieur d'apparat tel qu'il a vu en Allemagne, ayant pris soin de ramener les plans. Pour cela, il cr�e une briqueterie, une scierie etc.. c'est un fr�re d'une congr�gation allemande qui sera le ma�tre d'oeuvre. A cette grande entreprise participent les populations enthousiastes et curieuses au point qu'avant la fin de l'ann�e, la maison sera d�j� fonctionnelle - imposante avec ses deux tours. Le niveau sup�rieur comme le rez-de-chauss�e sont munis de galeries prot�g�es par un mur fait d'arcades et de balustres fabriqu�es sur place. Le plancher est en bois vernis. Pour les c�r�monies, il y a une plate-forme couverte par un d�bordement de la toiture.
A l'int�rieur, toutes le pi�ces du haut ont le plancher couvert d'une esp�ce de tapis en ska� fleuri rouge bordeaux. En bas, les murs int�rieurs du salon, de la salle � manger et des anti-chambres sont peints de motifs de fleurs grimpantes ou de figures g�om�triques bien agenc�es, carr�s-losanges etc... le sol est ciment�, les anti-chambres sont au m�me niveau que la grande salle � manger. Mais pour acc�der aux chambres, il faut monter quatre marches. A l'�tage, les appartements du ma�tre font un tout - chambre - anti-chambre - salle d'eau avec une �norme et lourde baignoire. Ce chateau construit sur un monticule est un carrefour d'o� partent les quatre grandes voies qui m�nent vers la ville et la mission et les autres contr�es environnantes Jusqu'� la fin de l'�re coloniale, aucune autre chefferie du pays ne sera dot�e de structures aussi modernes et fonctionnelles. C'est la chefferie m�re en quelque sorte. Beaucoup vont construire dans le m�me style, mais plus petit, sans escalier ext�rieur.
C'est le lieu de recontres et de rassemblements - les f�tes durent parfois trois jours, voire des semaines. Les Chefs de tout le Centre et le Sud viennent toucher leurs remises d'imp�ts une fois l'an � Efoulan. La Saint Charles Borromee est f�t�e avec pompe - tout le Clerg� et les �coles priv�es catholiques y sont invit�s. Les �l�ves apprennent des sayn�tes et des mouvements d'ensemble qu'ils exhibent ce jour l�. Les Gouverneurs prenaient plaisir � se faire convier � la table de Charles Atangana - ils lui en rendaient autant. Plus tard avec les Fran�ais, le f�te du 14 Juillet finissait � Efoulan par un grand festin anim� de danses traditionnelles venues de diverses r�gions. Chaque ann�e, la cl�ture de la foire exposition avait lieu �galement � Efoulan - Enfin, le tribunal coutumier de Premi�re Instance �tait � Efoulan - les Assesseurs �tant install�s dans des salles parall�les au rez-de-chauss�e. Lors des f�tes religieuses: No�l, P�ques, etc... le Grand S�minaire, les Pr�tres et l'Ev�que �taient invit�s au Palais - le nouvel an repr�sentait l'apoth�ose. Les fins de semaine �tient r�guli�rement anim�es au Palais d'Efoulan par les balafons, ou l'orchestre du Chef.
Cette grande demeure �tait surtout la maison du Bon Dieu. Quand on y arrivait seulement, on avait l'impression que tous les probl�mes allaient �tre r�solus, de quelque ordre qu'ils soient. L'�difice et son propri�taire ainsi que l'ensemble du personnel rassuraient totalement - on se sentait en s�curit�. En 1913, Charles Atangana effectue un second voyage en Allemagne au cours duquel il est re�u successivement par le Kaiser Empereur Guillaume II et � Rome en audience priv�e par le Pape Pie X. En 1914, �clate la premi�re guerre mondiale. Charles Atangana et ses chefs, soit pr�s de soixante mille hommes couvrent la fuite de leurs anciens ma�tres vers l'Ile de Fernando P� en Guin�e Equatoriale. Pour les Fran�ais, c'est le d�but de l'exil de Charles Atangana. Il embarque sur le San Carlos pour l'Espagne avec son fils Jean Ndengue - son petit fr�re et Secr�taire Henri Essomba et quatre autres notables, Paul Ntonga, Martin Tabi, Hubert Nama et le Chef Max Abb� Fouda. Le groupe d�barque � Cadix le 22 septembre 1919. Il est en voiture d�couverte � quatre chevaux...
Le 3 Octobre, il prend le train express de 16 h 20 pour Madrid, salu� au d�part par la colonie allemande puis il s'installe avec les siens dans un meubl� au 4 Rue de Carretas. Il sera re�u par Alphonse XIII, et obtient l'assurance que sa cause allait �tre entendue. Apr�s la victoire des Alli�s et la d�faite d�finitive de l'Allegmagne, Charles Atangana adresse un M�morandum � Georges Cl�menceau et au Gouvernement Fran�ais, demandant son retour au milieu des siens. En retour, il promet � la France la m�me fid�lit� que celle qu'il a t�moign�e aux Allemands.
Le 28 Novembre 1920, Charles Atangana d�barque � Douala apr�s une escale de quatre mois � Fernando P� pour y r�gler ses affaires commerciales et liquider ses biens �ventuels. Il est aussit�t plac� avec sa suite en r�sidence obligatoire � DSCHANG. Il a la corv�e de r�fectionner la route de Bar� - Dschang - Foumban. Le 26 Novembre 1921, Charles Atangana rentre � Yaound� - C'est un triomphe. L'Administration se r�sout � lui rendre ses fonctions d�s le d�but de 1922.
1922 - 1942 REORGANISATION ET MODERNISATION DU PAYS EWONDO:
1) R�volution verte: introduction des produits de rente: cacao et caf�. Tous les Chefs B�ti sont mobilis�s pour cela.
2) R�organisation du Commandement indig�ne dans la r�gion de Yaound�. Il nomme les Chefs aux postes suivants:
- Jean Ndengue, Charg� des constructions en ville
- Martin Abega, Charg� de l'encadrement des populations
- Andr� Amugu, Charg� du ravitaillement
- Hubert Manga, Charg� de la propret� de la ville de Yaound�
- Fr�d�ric Foe et Martin Ondigui, Charg�s des Ecoles et des H�pitaux
- Joseph Mballa, Charg� des routes
- Simon Omgba, Charg� de la coordination des Chefs.
3) Sur sa proposition, l'Administration coloniale r�forme la chefferie indig�ne et proc�de � la nomination de nouveaux titulaires.
Entre 1925 et 1940, Charles Atangana applique un vaste programme de modernisation du pays B�ti:
a) - R�forme du v�tement
b) - R�forme de l'Habitat
c) - Tra&c� et am�lioration des pistes et des routes.
En 1930, il est invit� � la grande exposition coloniale de Paris.
En 1935, Charles Atangana repr�sente le Cameroun � la Conf�rence Coloniale de Paris.
En 1938, mort de sa premi�re �pouse Marie Biloa.
Le 5 Mai 1939, pacte de l'amiti� franco-camerounaise. A la suite de la visite de Monnerville, Parlementaire fran�cais d'origine Antillaise, un arbre de l'amiti� franco-camerounaise est plant� � Efoulan (le Mbikam).
Le 6 Janvier 1940, deuxi�me mariage de Charles Atangana avec Julienne Ngonoa, une jeune Mvog Manga de Nkolafamba. De ce mariage, il aura �galement deux enfants: Marie-Th�r�se Atangana et Ren� Gr�goire Atangana. Au courant du mois d'Ao�t 1943, l'�tat de sant� de Charles Atangana s'aggrave cnaque jour; il meurt le 1er Septembre 1943 � Mvolye. C'est la fin d'une �pop�e, mais aussi le terme d'une tradition et d'une certaine identit� des B�ti. Ceux-ci entrent dans un tunnel sans issue. La gloire d'antan appel�e � immortaliser une �poque et un homme sombre dans un oubli facile et durable.
Avec cet appel � la g�n�rosit� publique, sa fille, la Princesse Marie-Th�r�se Atangana ne donne-t-elle pas � ce peuple Camerounais l'occasion de r�ins�rer dans notre histoire ces belles pages volontairement oubli�es?
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